Le chien surnommé

"Bonaparte"

                                             
 

 
César est le nom de ce chien qui fut la mascotte de la 5e compagnie du 11e régiment de Hussards.

Nous sommes à la fin du printemps de l'année 1803 et cette compagnie se trouvait en garnison dans la citadelle de Turin, capital du Piémont en Italie, occupée à l'époque par les troupes françaises et qui formait alors la 27e division militaire sous les ordres du général Jourdan.

Le chien César appartenait au Brigadier Dumillon qui, durant le mois de juillet 1803, fut, lui et son chien, compromis en haut lieu pour avoir, soi-disant, manqué de respect envers le Premier Consul : Napoléon Bonaparte.

De quoi accusait-on le Brigadier ? 

Il faut pour répondre à cela, remonter le temps de quelques mois. Le Brigadier faisait partie de l'encadrement d'une escouade composée de conscrits qui, de Toulouse, allait rejoindre l'armée d'Italie à Turin.
Le 27 mars 1803, la petite unité, accompagnée de quatre mulets portant bagages, fit une halte à Sisteron, situé au bord de la Durance en Provence. Arrivé sur la Grande place de l'ancienne cité fortifiée, les Hussards mirent pied à terre pour se reposer le temps de faire remplacer leurs mulets par d'autres, frais et dispos et surtout habitués aux difficiles chemins rocailleux que le convoi s'apprêtait à aborder pour traverser les Alpes.
Un chien accompagnait également la petite troupe de soldats et fut recueilli en chemin par le Brigadier Dumillon. Ce brave animal ressemblait fort à un vigoureux Barbet dont les longs poils frisés emprisonnaient brins de paille et autres brindilles et lui donnaient une curieuse allure. Ses yeux, bien que partiellement masqués par sa pilosité, étaient extrêmement expressifs.
Le chien semblait montrer du caractère et se fit très remarqué sur la Grande place : sans arrêt, il allait et venait, tournait autour des soldats, puis, avec beaucoup d’arrogance, se mit à aboyer d’une façon retentissante à l'arrivée des nouveaux mulets.
Ce vacarme, qui se transformait en véritable tintamarre, commençait à attirer du monde sur la place, qui d'ordinaire était plutôt paisible.

Cette singulière agitation effrayait les bêtes ; les soldats courraient dans tous les sens après le chien et plus ils essayèrent de calmer leur compagnon à quatre pattes, plus celui-ci s'époumonait après les mulets.

Après un long moment, l'accalmie revint sur la Grande place et le petit convoi reprit sa route en direction de l'Italie.

Quelque temps après ce tumultueux épisode, une rumeur vint à circuler dans Sisteron et le sous-Préfet apprit qu'un des soldats, du très remarqué convoi, avait nommé le chien Bonaparte...!
Des témoins sur la place auraient, en effet, entendu dans l’agitation un soldat appelé le chien du nom du chef de l'État.
Ce soldat aurait-il été entendu à l'instant précis ou, sans doute, il interpella le Barbet avec vigueur pour le calmer ? Et était-ce alors simplement un sobriquet donné par dérision sur le moment et, probablement, en rapport avec le caractère bien trempé du Premier Consul ?
Toujours est-il que « l’événement » fit grand bruit et le sous-Préfet de Sisteron en informa le général Comte de Lameth, Préfet du département, qui, lui-même, devait en rendre compte au commandant de la 27e division militaire.

L'affaire suivit donc son cours.

Le 21 juillet 1803, à Turin,  le colonel du 11e régiment de Hussards fit, après enquête, un rapport qui fut adressé à ses supérieurs.
Tous les militaires présents au fameux convoi furent interrogés. D'après leurs témoignages, c'est bien le Brigadier Dumillon qui avait, effectivement, recueilli le chien pendant le trajet avant d'arriver à Sisteron ; ils confirmèrent tous que ce chien n'avait jamais été baptisé du nom de Bonaparte et qu’il s’appelait bien César, et ce, depuis qu'il appartient au Brigadier.

Le capitaine de la compagnie certifie, lui aussi, que ce chien porte le nom de César, que son Brigadier avait toujours été bien noté et il ajouta :

"Je pense qu'il n'aurait pas été assez inconséquent pour effacer cinq ans de bons services et d'une conduite exemplaire en donnant à son chien le nom du premier magistrat de la République. Je l'ai néanmoins fait enfermer jusqu'à ce que vous en ayez autrement ordonné. Il s'offre d'ailleurs de se rendre à Sisteron et de s'y constituer prisonnier pour y être jugé ; il lui sera facile de prouver son innocence".

On perd ensuite, hélas, la trace du chien et de la suite qui fut donnée à cette regrettable affaire.
 


 

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