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Détail d'un tableau
de Swebach-Desfontaines
(Musée Wellington Londres)
"Le
chien du Colonel Morin"
Le Colonel Jean-Baptiste Morin (1776-1814), fut également très affecté par la perte de son chien.
Nommé le 1er juin 1812
colonel du 5e régiment de Dragons, Morin partit le 23 de Paris
pour rejoindre sa nouvelle affectation en Espagne.
Le 12 octobre, le colonel Morin arrive au village Espagnol d’Ayerbé et
profite de la protection d’un convoi pour aller rejoindre, le lendemain, son
régiment (de la division du Général Digeon) qui combat dans le secteur de
Valence.
Voici son témoignage :
- Nous
laissons à Ayerbé le bataillons du 81e et nous partons avec un
détachement de 40 chevaux du 18e et du 22e Dragons,
d’un escadron du 9e Hussards et d’un bataillon.
Nous faisons halte à une demi-lieue pour réunir le convoi, parce qu’on nous
donne l’avis que quelque partis ennemis rôdent dans les environs.
C’est là où je m’aperçois
que mon chien, le fidèle "Mylord", me manquait.
J’envoie un petit détachement pour le chercher, parce que nous étions encore
en vue de la ville (Ayerbé) mais on vient me dire, qu’on l’a vu parcourant
la ville en poussant des cris affreux, qu’il est entré et ressorti vingt
fois du logement que j’avais occupé, et qu’enfin il avait disparu.
Je fus, je l’avoue, vivement affligé de cette perte…

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D'après Raffet
(Coll. de l'auteur)
"Le chien du Capitaine Muzy"
Le pauvre Capitaine Muzy, des
Chasseurs à cheval de la vieille Garde, perd le même jour : son chien, son
cheval et …sa vie.
La scène se déroule le 6 juillet
1809, lors de la bataille de Wagram.
Le lieutenant Chevalier ( qui
était Brigadier à ce moment-là ) raconte :
- Les boulets, les
obus, la mitraille nous criblaient. Mon chef de file fut tué, je le
remplaçai…celui qui me remplaça fut tué. Mes deux voisins, de gauche et de
droite, tombèrent aussi.
Mon Capitaine (Muzy) avait un
fort beau chien qui courait après les boulets qui roulaient dans la plaine.
Au moment où il courait après un, un autre le tuait.
Le Capitaine Muzy tourne alors la tête et s’écrie : Ah ! mon pauvre chi…, il
ne peut achever sa phrase, un boulet le frappa au milieu de la poitrine,
tandis qu’un troisième tua son cheval…

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"Le chien du Capitaine Putigny"
L’action se déroule du 7 au 15 juin 1815
durant la campagne de Belgique. Le capitaine Putigny du 33e de
ligne raconte l’anecdote suivante :
- Le 7 juin, notre députation revient du Champ de Mai, apportant l’aigle. Très
solennellement, devant le château de Chimay, nous recevons notre cher
"oiseau" des mains du Général Vandamme commandant le 3e Corps
Nous sommes prêts ; les hommes pleins d’ardeur ne demandent qu’à se battre.
Je trompe mon attente en jouant avec un épagneul soyeux et aux yeux
tendres ; il aime se vautrer dans l’eau et venir s’ébrouer sur mes culottes
blanches ; mes hommes s’en amusent et l’appellent "Canard".
Il ne me quitte jamais sauf pendant l’exercice car il a la terreur des coups
de feu, bien gênant défaut pour un chien de chasse élevé par des Grenadiers.
Le 14 juin ; nous traversons la forêt pour nous établir près de
Beaumont, où se concentre toute la Grande Armée. Je suis de grand’garde
(sic) cette nuit, une paix divine plane. Et tout autour de moi ces hommes
qui vont donner la mort dorment dans des poses d’enfant : anges
exterminateurs.
Le lendemain à trois heures de l’après-midi, courant presque, nous
arrivons à Charleroi. L’Empereur s’y trouve avec sa garde à cheval. Ordre de
repartir immédiatement. J’ai l’estomac dans mes bottes ; je charge Nicolas,
mon ordonnance, de m’acheter en ville du pain, du saucisson, du vin et lui
recommande de veiller sur " Canard " et de le rejoindre au plus vite.
Nous nous arrêtons à Gilly devant le bois de Fleurus où sont les
Autrichiens. L’Empereur vient lui-même reconnaître la position.
Nous les débusquons puis allumons nos feux de bivouac en bordure de la forêt
de Lambusart dans un champ de blés verts.
Il est très tard, mes deux commissionnaires ne sont pas encore là et j’ai
une faim d’ogre.
Soudain, je reconnais la voix de Nicolas et il semble bien inquiet :
- Ah ! c’est vous les gars, où est le Capitaine ?
Je comprends qu’on me désigne.
- je le réveillerai bien assez tôt pour moi. Voilà qu’à c’t’heure (sic)
j’ai perdu son chien.
- Tu es sûr d’avoir ton savon ; comment as-tu fait idiot ?
- Ben, l’envie me prend de m’arrêter contre un arbre. J’attache la laisse
à ma jambe et, comme je suis en train, ces fichus artilleurs font
pétarader leurs pièces. "Canard" détale, et me v’la (sic) le cul par
terre ! En remontant ma culotte, je cours après lui jusqu’à Charleroi. Au
retour, bon dieu, les provisions que j’avais laissées au pied de l’arbre
avaient disparu elles aussi !
"J’ai perdu un chien, mais j’ai gagné un homme"
dira, un peu plus tard, Putigny et il y gagnera la fidélité de son serviteur
Nicolas.
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"Le chien du lieutenant de Lignières"
Affecté
au Luxembourg, Marie-Henry de Lignières (1), lieutenant au 3e
bataillon du 59e régiment de ligne, quitta Salamanque (Espagne)
fin 1809.
Arrivé à Paris, en ce
début d’année 1810, de Lignières sollicita un congé de deux mois pour aller
se rendre dans la somme, à Ham sa ville natale.
C’est durant ce séjour que le lieutenant fit connaissance du chien "Caro" à
Viefville, près de Ham. Le sympathique quadrupède fut adopté et devint
l’inséparable et dévoué compagnon de l’officier.
Le congé terminé, le lieutenant de Lignières, partit de Ham, avec son chien,
pour rejoindre le dépôt de son régiment au Luxembourg.
En 1811, il fut envoyé à Cherbourg pour y tenir garnison.
Le lieutenant de Lignières nous relate la disparition tragique de son chien
"Caro" :
-
Ce fut à Cherbourg que je perdis mon charmant et excellent chien Caro, que
j’avais eu à Viefville, qui avait été avec moi à Amiens, Thézy, Luxembourg,
Paris et Cherbourg. M. Gigault de Bellefonds m’avait prêté un fusil qui
partait au repos et ne voulait pas partir étant armé. Étant à la chasse sur
le bord de la mer, voulant tirer une bécassine, le fusil ne partant pas, je
regardais pourquoi il ne voulait pas partir ; le coup partit et tua raide
mort mon malheureux chien à quatre pas de moi.
Il avait une
rare intelligence. Je le mettais hors d’une chambre, je cachais une pelote
que j’avais toujours dans la poche pour le faire rapporter, ou un gant, dans
une armoire, la poche de quelqu’un, n’importe où. S’il ne pouvait prendre,
il grattait avec la patte pour montrer où. S’il ne pouvait prendre, il
grattait avec la patte pour montrer où était ce que j’avais caché. Il
nageait comme un poisson, plongeait, rapportait dans la perfection. Tous les
matins, à Luxembourg, j’ouvrais la porte de ma chambre, il allait faire ses
besoins dans la rue ; il rapportait toujours quelque chose, des bas, des
souliers, etc. Une fois, il rapporte une galette toute chaude ; une femme
vint me dire : "Votre chien n’a-t-il pas apporté une galette ?" Je lui dis :
"La voilà, elle est intacte."
Il
portait un œuf sans le casser. Quand je voulais l’attraper, je lui donnais
un morceau de sucre à porter ; au bout d’un certain temps qu’il me suivait,
je lui disais de me donner le morceau de sucre ; il était fondu dans sa
gueule ; il croyait l’avoir laissé tomber, l’avoir perdu, il cherchait de
tous côtés. Il portait tout ce que je voulais lui faire porter. Il avait
porté, le matin, le paquet de poudre que j’avais été acheter ; c’est avec
cette poudre qu’il a été tué. Quand j’allais dans des sociétés particulières
passer la soirée, on voulait toujours que je le mène ; il escamotait les
tabatières, les mouchoirs, les pelotes ou ouvrages, etc., m’apportait tout
cela sur mes genoux ; on se doutait que c’était lui qui avait escamoté.
Il nageait dans la mer. Le capitaine de la frégate m’autorisa à l’embarquer.
Un jour, un matelot fit le simulacre de jeter quelque chose à la mer ; il
s’y jeta du haut de la frégate ; on mit de suite une embarcation pour aller
le chercher. Le capitaine voulait punir celui qui en était la cause. Il fut
très mécontent que j’aie donné 5 francs à ceux qui avaient été le chercher.
Sa mort m’a causé un chagrin extrême. Le curé, logé vis-à-vis
de ma chambre, me dit en pleurant : "Vous avez perdu votre meilleur ami."
Ce
fut, effectivement, son meilleur ami…qu’il supprima ! ; certes,
accidentellement, mais enfin, il est tout de même inconcevable, inimaginable
et même inacceptable de penser que le militaire qu’il était ; cet officier,
qui était passé maître dans le maniement des armes, n’est pas eu, tout
simplement, le réflexe, avant toute manipulation ou inspection, de pointer
le canon de son arme vers le haut.
Cette impardonnable négligence eut comme triste et tragique résultat d'entraîner la mort de son très fidèle compagnon.
Grand passionné des chiens et de la chasse, le
capitaine Elzéar BLAZE (2), qui servit dans la Grande Armée, nous relate, à
ce propos, les précautions à prendre avec son fusil à la chasse :
[...] En général, ne marchez en ligne qu'avec des
chasseurs expérimentés, des gens raisonnables, fuyez les jeunes fous, ils
blessent quelquefois les hommes, manquent toujours les perdreaux, et tuent
souvent les chiens.
Quand le fusil rate, relevez le canon et tenez-le quelque temps dans la
position verticale ; souvent c'est un long feu, et il part un instant
après.[...]
C'est exactement ce qui s’est produit avec le fusil du
lieutenant de Lignières et la règle vitale qu'il aurait dû observer pour
éviter cette grave et regrettable conséquence.
(1)
Marie-Henry, comte de Lignières (1785-1866) laissera des souvenirs
militaires qui seront publiés en 1933, sous le titre : "Souvenirs de la
Grande Armée et de la vieille Garde Impériale", aux éditions Pierre
Roger et plus récemment ( Octobre 2005 ) sous le titre : "Souvenirs d'un
Chasseur à pied de la Vieille Garde", à la Librairie des Deux Empires.
(2) Elzéar Blaze
(1788-1848). Officier et écrivain français.
Après la publication de "souvenirs" intitulés "La vie militaire
sous l’Empire", il écrira une série d’ouvrages sur l’Art de la chasse et
sur "L’Histoire du chien".
Pour en savoir plus sur :
Elzéar Blaze
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