Témoignages sur des
chiens de la troupe

     
     
     
     

                                          

                              
                                         
Gravure anonyme - Coll. de l'auteur
 

"Le caniche du tambour-major"

Souvenirs du Capitaine Gervais, du 13e léger.

L’action se passe le 2 décembre 1805 à Austerlitz et met en scène une autre mascotte de régiment (Gervais était Fourrier et à la garde du drapeau à ce moment-là)

  Voici son témoignage :

 - Je ne sais si nous étions hors de portée ou si c’était une maladresse des artilleurs ennemis, mais une grande quantité d’obus sont venus tomber vers la gauche de notre bataillon à 30 ou 40 pas en avant de nous.
Un chien, un très joli caniche, qui appartenait à notre tambour-major, courait après ces obus dont la plupart éclataient à quelque distance de lui, sans que, pendant un assez long moment, il en fût touché.
L’un d’eux pourtant fut plus long que les autres à éclater.
Le chien eut le temps de se jeter dessus, comme pour le saisir. L’obus éclata et mit le pauvre chien en pièces, sans qu’il eût jeté un seul cri.
On fut, en raison de son intrépidité, fâché de sa mort.


Estampe populaire


"Les chiens du 81e de ligne"

Grâce au capitaine Desboeufs, nous connaissons au moins deux noms de chiens au sein de la 81e demi-brigade, puis régiment de ligne.

Italie, 1802, faisant parti de la 81e demi-brigade, Desboeufs quitte sa garnison d'Ancône :

- La demi-brigade reçut l'ordre de se rendre à Forli. [...] Nous restâmes un mois et demi à Forli et de là, nous fûmes dirigés sur Ferrare.
En sortant d'Imola, où nous avions couché, la neige, qu'un vent glacé nous lançait à la figure, s'élevait déjà à plus d'un pied de hauteur.
Elle continua à tomber toute la journée.
Courbé sous le poids de celle qui s'était amoncelée sur mon sac et mon chapeau, je marchais la tête basse, les bras collés au corps et le dos inondé de sueur et d'eau de neige mêlées ensemble. [...] Dans cette cruelle journée, dont la demi-brigade ne perdit jamais le souvenir, il mourut 3 hommes ; beaucoup d'autres éprouvèrent des faiblesses et un grand nombre de chiens, d'oiseaux et d'autres animaux que les soldats s'étaient procurés dans les loisirs de la garnison d'Ancône, il ne resta qu'un gros chien, qu'on appela depuis "l'échappé".

Le 6 juillet 1809, la bataille de Wagram est une victoire française.
Les troupes Autrichiennes sont en pleine retraite et sont talonnées par la Grande Armée.
Les Autrichiens choisissent le village de Znaïm pour livrer le combat les 10 et 11 juillet.
Le capitaine Desboeufs du 81e de ligne nous rapporte la mort du chien de son sergent-major durant la bataille de Znaïm :

 - De retour au bivouac, j’appris plusieurs incidents singuliers arrivés la veille et l’avant-veille, outre ceux dont j’avais été témoin.
Une marmite de la compagnie avait été percée de cinq trous sur le dos du soldat qui la portait, sans qu’il fût blessé.
"Coussine", la chienne caniche du sergent-major de la 3e compagnie, blessée au dos et à l’une des pattes le 10 juillet, avait été tuée d’une balle à la tête le 11.

              
                                               Détail tableau de L.F. Lejeune
                                              
  

"Le petit chien du soldat Russe"

Témoignage de Pierre François Lataye (1755 - 1827) colonel du 10e Cuirassiers à la 2e division de la grosse cavalerie du Général d’Hautpoul.

  Au lendemain de la bataille d’Austerlitz le 3 décembre 1805, il raconte  :

 Le lendemain, en passant sur le champ de bataille, nous avons mieux distingué les cadavres. La nuit avait été froide et un grand nombre de blessés avaient dû succomber.
Dans un fossé était couché un soldat Russe mort et à coté de lui un petit chien qui, ne l’ayant pas perdu de vue lorsqu’il fut tué, avait passé la nuit près de son cadavre ; ce pauvre animal, léchant les mains livides se son maître, donnait l’exemple de la fidélité la plus touchante…


Dessin de Faber du Faur

"Mascottes de prisonniers"

En 1812, durant la campagne de Russie, près de 200 000 soldats Napoléoniens, furent faits prisonniers. Parmi eux, un Ardéchois, Philippe Benoit, qui à l’époque de ce témoignage, était sous-aide à la pharmacie de l’armée. Malade, évacué dans un des hôpitaux de Moscou, il est fait prisonnier par l’armée Russe peu après l’évacuation de la ville par les troupes Françaises.

- Lorsque je puis me lever et sortir, ma première visite fut pour le Général que je voulais remercier de l’intérêt qu’il me portait. Je n’avais qu’un méchant vêtement que le Directeur de l’hôpital m’avait fait donner et c’est dans ce piètre équipage que je me rendis chez le Général.
Il fallait traverser une cour avant de parvenir au perron qui donnait accès aux appartements.
Pendant que je traversais cette cour, un affreux bouledogue s’élança sur moi en m’aboyant furieusement, et d’un coup de dent arracha...le fond de ma culotte ; vu l’état de ma bourse, qui était vide, c’était un désastre.

Après son rétablissement, Philippe Benoit est envoyé à l’Est de Moscou.

 Il évoque ici les loisirs des prisonniers :

- L’un des plus âgés, des plus hauts gradés et des plus instruits d’entre nous, mettait son bonheur à apprendre à des chiens à faire l’exercice et punissait les recrues maladroites en leur attachant une casserole à la queue.


Illustration de Jacques Poirier
 

 


Retour au Sommaire "Récits et anecdotes"

 Copyright © Christian Cadoppi.2004 - Tous droits réservés