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"Gardien du
riche, ami du pauvre, seule créature fidèle jusqu'à la mort.
La race canine est honorée par les plus nobles et les plus courageuses
actions. Naturellement douée de courage, elle est arrivée, grâce à
l'éducation de l'homme, au mépris absolu de la vie et jusqu'à
l'héroïsme. [...] Nous sommes tentés de croire que, en France, les
chiens ainsi que les hommes ont pour la carrière des armes une
prédilection marquée. Chaque fois qu'un de nos régiments entre dans
une de nos villes, tambours battant et clairons sonnant, qui se
précipite au-devant de nos troupiers, qui leur fait cortège et les
suit d'une allure hardie ? : les gamins et les chiens !
Il est hors de doute que le chien a pour les soldats une affection
particulière, affection qui lui est bien rendue ; qu'il se plaît à la
vie à la vie d'aventure, dans le tapage des camps.
En temps de guerre, le rêve de bien des soldats est d'avoir un chien.
[...] Nous jugeons nos actes d'héroïsme plus grands, nous les croyons
plus admirables ; mais peut-être faudrait-il plus justement les placer
au-dessous parce que les chiens n'y mettent point de vanité et que
chez nous l'amour de la gloire, le désir de posséder quelques galons
ou quelques croix de plus, abaisse parfois la valeur de notre courage.
Plus d'un brave, en temps de guerre, fut sauvé par son chien".
Alfred
BARBOU
Journaliste et écrivain français (1846 - 1907) |

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Bien
qu'il est affirmé le contraire dans le Dictionnaire Napoléon,
les prouesses de nos braves canidés, durant l'épopée Napoléonienne,
sont nombreuses. Dans la correspondance et les Mémoires des vétérans
de la Grande Armée, les anecdotes, soulignant, la bravoure et la
fidélité de ces héros, abondent. En revanche, qu'on ne s'y trompe pas,
jamais l'armée napoléonienne ne possédera de meutes de chiens dressées
pour le combat
(1)
A l'inverse, il n'était pas rare de croiser un grognard avec son
compagnon à quatre pattes ; tout comme il était banal de voir un chien
courir au-devant des soldats, en compagnie des enfants, à l'entrée
d'un régiment dans une ville !
C'est que le régiment était le foyer de l'amitié et du dévouement,
les deux sentiments qui vibrent le plus fortement dans le coeur du
chien.
Soldats et chiens se couvrirent de gloire sur les champs de bataille.
Une célèbre chansonnette, intitulée Le chien du régiment, fut
fredonnée très longtemps par les soldats.
Elle racontait l'histoire d'un chien de la Grande Armée, né en Égypte
et qui fut tué lors de la campagne de France, à la bataille de
Brienne-le-Château le 29 janvier 1814.
"À bien dire, ce qu'il y a
de meilleur dans l'homme, c'est le chien". Cette célèbre phrase
est la légende d'une non moins célèbre lithographie signée Nicolas
Charlet
(2) et qui représente un valeureux soldat de la Grande Armée
et son chien lui léchant sa blessure. |
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Nombreux ceux qui furent fidèles et courageux voire héroïque ; capables
d’exploits et dotés d’intelligence, de sensibilité et de dons instinctifs
exceptionnels.
Le
Barbet
faisait partie de ceux-là et il fut très
longtemps, avec le caniche, le chien préféré des grognards.
Durant tout le 1er Empire, la popularité du barbet fut particulièrement
grande dans l'armée et bon
nombre d’unités avaient adopté leur "Barbet" comme mascotte de régiment. |
"Ils grognaient, mais ils marchaient toujours" et le fidèle chien
de soldats suivait - Dessin de Raffet
(3)
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Au-delà de l’aspect militaire, le chien, au temps de Napoléon, fut,
également, très présent dans la vie civile des hommes, à la ville comme à la
campagne.
Il fut utilisé comme
chien de garde dans les propriétés bourgeoises ou, dans
les châteaux, il fut mis à contribution dans les prisons pour suppléer aux
gardiens. À la campagne, il devait protéger la basse-cour ou escorter
les troupeaux de bovins et de moutons.
À la chasse, on ne peut se passer du chien et, à la fin du XVIIIe
siècle, bien que les belles meutes ne fussent pas vraiment
reconstituées, la mode du "Braque", un chien d’arrêt à poil ras, était
venue. La Picardie et la Normandie voient apparaître l’épagneul breton
qui rivalise avec l’épagneul anglais. On rencontrait également le
"Barbet", l'infatigable et talentueux chasseur d’oiseaux aquatiques.
Néanmoins, les guerres de l’Empire favoriseront l'abâtardissement des
grandes races et ne vont pas beaucoup avantager l’élevage dans les
chenils français, qui déclineront et l’Angleterre en tirera profit
avec, entre autres, le"Setter", qui deviendra un de leurs meilleurs
produits d'élevage. |
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Lors
des invasions de 1814 et 1815, les premiers "Pointers" furent amenés
en France par des officiers anglais. Une autre race s’illustre dans les Alpes dans un tout autre registre : le
sauvetage. C’est le
robuste
Saint-Bernard,
le chien de montagne et
d’avalanche.
En ville, d’autres molosses deviennent des auxiliaires précieux pour les
petits commerçants, en tractant des petites charrettes chargées de
victuailles et autres provisions.
Dans la rue, le chien entre, également, en scène. Ce sont les
chiens de
cirque
de forains, qui exécutent, diverses acrobaties pour les passants.
Enfin, il y a les petites races de chien, dites "d’agréments", comme
l’épagneul nain, le bichon, le caniche ou encore le carlin, qui eurent
toujours la cote dans les salons à la mode, à la cour ou auprès des gens de
la haute bourgeoisie. |

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À
l’époque, ces chiens de compagnie étaient destinés à distraire les
femmes en particulier. Joséphine de Beauharnais, qui avait toujours
aimé les chiens, possédera des carlins, et, parmi ceux qu’elle aura
chéris, un sera resté
célèbre :
"Fortuné".
De même pour cet autre carlin, le non moins
célèbre
"Mohiloff", qui appartenait
au duc d’Enghien.
Le diplomate Talleyrand-Périgord
( Charles Maurice de ), Prince de
Bénévent, posséda un bel Épagneul français ( ou Setter ), répondant au
nom de "Carlos". Des officiers généraux avaient aussi leur fidèle
compagnon. Ce fut le cas, en autres, du général Berthier, qui adopta
un "Saint-Bernard", au retour de Marengo ; du général Moreau et
son magnifique
dogue allemand ; du général Hoche, qui
avait baptisé son chien "Pitt" ou bien encore du général Bertrand et
de son curieux
"Sambo"
qui n'avait pas d'oreilles.
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En héraldique, le chien est fort bien représenté. Il incarne déjà la
chasse, un des grands privilèges de la noblesse. Il symbolise aussi
l'obéissance et la vigilance : le chien de garde.
D'après Alfred Barbou (4), le chien, figure
emblématique de la fidélité, fut tellement considéré comme un animal noble
que les héraldistes en auront fait le symbole de l'intelligence, de
l'affection et sera présent sur les armoiries.
Les chiens représentés sur les écus sont généralement des Lévriers et des
Braques, mais aussi
des Barbets. La plupart des Maréchaux d'Empire eurent des titres de noblesse et
possédèrent donc des Armoiries.
Sur le blason de certains de ces officiers,
qui désiraient souligner là leur courage et leur vigilance, apparaîtra un
chien.
Le Maréchal Sérurier, Comte de l'Empire et le Maréchal Masséna, duc de
Rivoli et Prince d'Essling, feront partie de ceux-là, avec, pour le premier
un chien lévrier assis placé au centre et, sur l'écu de Prince du second, un
chien noir couché, placé en pointe.
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En 1811, le caniche fera son
apparition officielle à la cour d'Angleterre et le Prince Régent ( le futur
George IV ) en possédera un.
Le duc de Wellington préféra, lui, s'entourer de
pointers. Quant à Napoléon, qui n'appréciait guère le carlin de Joséphine, il eut, en revanche,
un petit faible pour l'épagneul
nain
de Marie-Louise.
À l'île d'Elbe, il eut avec lui, un superbe
chien de
berger
blanc ( naturalisé et visible au Musée de l'Armée à Paris ). À Sainte-Hélène, il joua
volontiers avec un
Terre-Neuve
et, dans ses mémoires, rendit hommage à la fidélité canine.
Cette rubrique, a la modeste ambition de
rendre justice à ces animaux ; de les faire entrer dans la postérité en
ravivant les souvenirs de ces braves quadrupèdes qui accompagnèrent leurs
maîtres, des personnalités civiles ou militaires, à la ville ou à la
montagne et surtout des simples soldats de la Grande Armée, dans leurs
vies quotidiennes, en bivouac, sur les chemins ou les champs de bataille de
l’Europe.
De magnifiques petites histoires, émouvantes, quelquefois insolites et qui
montrent, encore une fois, à quel point nous avons des leçons à recevoir de
nos amis les chiens. Symbole du dévouement et
de la vigilance, le chien, "gardien du riche et ami du
pauvre, est la seule créature fidèle jusqu'à la mort".
(1) Seule et regrettable exception, les meutes de
chiens qui furent, hélas, utilisées dans l'île de Saint-Domingue en 1803.
Pour rétablir l'ordre républicain dans les Colonies françaises, Bonaparte,
alors 1er Consul, envoya, en 1802, un corps expéditionnaire en direction de
l'Amérique centrale. En 1803, Saint-Domingue s'embrase et le soulèvement est
général. Sur sa propre initiative, le Général Rochambeau, Gouverneur général de
l'île, se distinguera tristement par des atrocités sur la population noire :
il fera venir de Cuba plusieurs centaines de bouledogues féroces qui furent
employés à tuer les insurgés.
Ces chiens, à l'origine, avaient été dressés à la chasse aux esclaves par
les Espagnols de La Havane.
Et comme écrivait A. Toussenel, dans son livre "L'esprit des bêtes" (J. Hetzel
Librairie Editeur 1868)
: - "Ah ! ne blâmons pas le chien d'avoir servi de complice aux
tyrannies et aux forfaits de l'homme ! Ses crimes sont de son maître, ses
vertus seules sont de lui."
(2) Nicolas-Toussaint Charlet
(1792 - 1845), peintre, dessinateur et graveur français, il est l'auteur
de nombreuses lithographies sur la période napoléonienne.
(3) Denis Auguste Marie Raffet
(1804 - 1860) , dessinateur et lithographe français, spécialisé dans les
scènes militaires de la Révolution et de l'Empire.
(4) Alfred Barbou, écrivain et journaliste français (1846 - 1907) auteur
de : " Le chien, son histoire, ses exploits, ses aventures " aux Éditions
Jouvet et Cie, PARIS 1883.
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