Récits & anecdotes
Sur les pas de nos amis les chiens au temps de Napoléon
 

"Le chien du régiment" par Horace Vernet ( 1789-1863)
                "Le chien du régiment " par Horace Vernet (1789-1863)
Ce superbe tableau, exécuté en 1819 pour le duc de Berry,  représente  un  chien  de régiment blessé sur un champ de bataille : une balle lui a entaillé le dessus de la tête, une autre lui a cassé la patte. Il a été mis à l'écart par deux soldats, ses frères d'armes. Le tambour vide son bidon d'eau sur un morceau d'étoffe pour laver les blessures, tandis que l'autre soldat le tient et le caresse pour le rassurer.
 

"Gardien du riche, ami du pauvre, seule créature fidèle jusqu'à la mort.
La race canine est honorée par les plus nobles et les plus courageuses actions. Naturellement douée de courage, elle est arrivée, grâce à l'éducation de l'homme, au mépris absolu de la vie et jusqu'à l'héroïsme. [...] Nous sommes tentés de croire que, en France, les chiens ainsi que les hommes ont pour la carrière des armes une prédilection marquée. Chaque fois qu'un de nos régiments entre dans une de nos villes, tambours battant et clairons sonnant, qui se précipite au-devant de nos troupiers, qui leur fait cortège et les suit d'une allure hardie ? : les gamins et les chiens !
Il est hors de doute que le chien a pour les soldats une affection particulière, affection qui lui est bien rendue ; qu'il se plaît à la vie à la vie d'aventure, dans le tapage des camps.
En temps de guerre, le rêve de bien des soldats est d'avoir un chien. [...] Nous jugeons nos actes d'héroïsme plus grands, nous les croyons plus admirables ; mais peut-être faudrait-il plus justement les placer au-dessous parce que les chiens n'y mettent point de vanité et que chez nous l'amour de la gloire, le désir de posséder quelques galons ou quelques croix de plus, abaisse parfois la valeur de notre courage.
Plus d'un brave, en temps de guerre, fut sauvé par son chien".

                                                                                                                                  Alfred BARBOU
                                                                                                            Journaliste et écrivain français (1846 - 1907)

 
Détail d'une oeuvre de H. Bellangé

 

 

 


 

Bien qu'il est affirmé le contraire dans le Dictionnaire Napoléon,  les prouesses de nos braves canidés, durant l'épopée Napoléonienne, sont nombreuses. Dans la correspondance et les Mémoires des vétérans de la Grande Armée, les anecdotes, soulignant, la bravoure et la fidélité de ces héros, abondent. En revanche, qu'on ne s'y trompe pas, jamais l'armée napoléonienne ne possédera de meutes de chiens dressées pour le combat (1
A l'inverse, il n'était pas rare de croiser un grognard avec son compagnon à quatre pattes ; tout comme il était banal de voir un chien courir au-devant des soldats, en compagnie des enfants, à l'entrée d'un régiment dans une ville !
C'est que le régiment était le foyer de l'amitié et du dévouement, les deux sentiments qui vibrent le plus fortement dans le coeur du chien.
Soldats et chiens se couvrirent de gloire sur les champs de bataille.
Une célèbre chansonnette, intitulée Le chien du régiment, fut fredonnée très longtemps par les soldats.
Elle racontait l'histoire d'un chien de la Grande Armée, né en Égypte et qui fut tué lors de la campagne de France, à la bataille de Brienne-le-Château le 29 janvier 1814.
"À bien dire, ce qu'il y a de meilleur dans l'homme, c'est le chien". Cette célèbre phrase est la légende d'une non moins célèbre lithographie signée Nicolas Charlet (2) et qui représente un valeureux soldat de la Grande Armée et son chien lui léchant sa blessure.

Nombreux ceux qui furent fidèles et courageux voire héroïque ; capables d’exploits et dotés d’intelligence, de sensibilité et de dons instinctifs exceptionnels. Le Barbet faisait partie de ceux-là et il fut très longtemps, avec le caniche, le chien préféré des grognards. Durant tout le 1er Empire, la popularité du barbet fut particulièrement grande dans l'armée et bon nombre d’unités avaient adopté leur "Barbet" comme mascotte de régiment.


"Ils grognaient, mais ils marchaient toujours"
et le fidèle chien de soldats suivait  - Dessin de Raffet
(3)
 

Ils grognaient, mais ils marchaient toujours et le fidèle chien des soldats suivait - Dessin de Raffet

Au-delà de l’aspect militaire, le chien, au temps de Napoléon, fut, également, très présent dans la vie civile des hommes, à la ville comme à la campagne.
Il fut utilisé comme
chien de garde dans les propriétés bourgeoises ou, dans les châteaux, il fut mis à contribution dans les prisons pour suppléer aux gardiens.  À la campagne, il devait protéger la basse-cour ou escorter les troupeaux de bovins et de moutons.
À la chasse, on ne peut se passer du chien et, à la fin du XVIIIe siècle, bien que les belles meutes ne fussent pas vraiment reconstituées, la mode du "Braque", un chien d’arrêt à poil ras, était venue. La Picardie et la Normandie voient apparaître l’épagneul breton qui rivalise avec l’épagneul anglais. On rencontrait également le "Barbet", l'infatigable et talentueux chasseur d’oiseaux aquatiques.
Néanmoins, les guerres de l’Empire favoriseront l'abâtardissement des grandes races et ne vont pas beaucoup avantager l’élevage dans les chenils français, qui déclineront et l’Angleterre en tirera profit avec, entre autres, le"Setter", qui deviendra un de leurs meilleurs produits d'élevage.


Lors des invasions de 1814 et 1815, les premiers "Pointers" furent amenés en France par des officiers anglais.
Une autre race s’illustre dans les Alpes dans un tout autre registre : le sauvetage. C’est le robuste Saint-Bernard, le chien de montagne et d’avalanche.
En ville, d’autres molosses deviennent des auxiliaires précieux pour les petits commerçants, en tractant des petites charrettes chargées de victuailles et autres provisions.
Dans la rue, le chien entre, également, en scène. Ce sont les
chiens de cirque de forains, qui exécutent, diverses acrobaties pour les passants.
Enfin, il y a les petites races de chien, dites "d’agréments", comme l’épagneul nain, le bichon, le caniche ou encore le carlin, qui eurent toujours la cote dans les salons à la mode, à la cour ou auprès des gens de la haute bourgeoisie.

Pompeo Batoni - Museo di Roma
 

 À l’époque, ces chiens de compagnie étaient destinés à distraire les femmes en particulier. Joséphine de Beauharnais, qui avait toujours aimé les chiens, possédera des carlins, et, parmi ceux qu’elle aura chéris, un sera resté célèbre : "Fortuné". De même pour cet autre carlin, le non moins célèbre "Mohiloff", qui appartenait au duc d’Enghien.
 
Le diplomate Talleyrand-Périgord ( Charles Maurice de ), Prince de Bénévent, posséda un bel Épagneul français ( ou Setter ), répondant au nom de "Carlos". Des officiers généraux avaient aussi leur fidèle compagnon. Ce fut le cas, en autres, du général Berthier, qui adopta un "Saint-Bernard", au retour de Marengo ; du général Moreau et son magnifique dogue allemand ; du général Hoche, qui avait baptisé son chien "Pitt" ou bien encore du général Bertrand et de son curieux "Sambo"
qui n'avait pas d'oreilles.
 

Blason du Maréchal Sérurier





Blason du Maréchal Masséna
 

En héraldique, le chien est fort bien représenté. Il incarne déjà la chasse, un des grands privilèges de la noblesse. Il symbolise aussi l'obéissance et la vigilance : le chien de garde.

D'après Alfred Barbou
(4), le chien, figure emblématique de la fidélité, fut tellement considéré comme un animal noble que les héraldistes en auront fait le symbole de l'intelligence, de l'affection et sera présent sur les armoiries.

Les chiens représentés sur les écus sont généralement des Lévriers et des Braques, mais aussi
des Barbets.

La plupart des Maréchaux d'Empire eurent des titres de noblesse et possédèrent donc des Armoiries.
Sur le blason de certains de ces officiers, qui désiraient souligner là leur courage et leur vigilance, apparaîtra un chien.
Le Maréchal Sérurier, Comte de l'Empire et le Maréchal Masséna, duc de Rivoli et Prince d'Essling, feront partie de ceux-là, avec, pour le premier un chien lévrier assis placé au centre et, sur l'écu de Prince du second, un chien noir couché, placé en pointe.
 

En 1811, le caniche fera son apparition officielle à la cour d'Angleterre et le Prince Régent ( le futur George IV ) en possédera un. Le duc de Wellington préféra, lui, s'entourer de pointers. Quant à Napoléon, qui n'appréciait guère le carlin de Joséphine, il eut, en revanche, un petit faible pour l'épagneul nain de Marie-Louise.
À l'île d'Elbe, il eut avec lui, un superbe chien de berger blanc ( naturalisé et visible au Musée de l'Armée à Paris ). À Sainte-Hélène, il joua volontiers avec un Terre-Neuve
et, dans ses mémoires, rendit hommage à la fidélité canine.


Cette rubrique, a la modeste ambition de rendre justice à ces animaux ; de les faire entrer dans la postérité en ravivant les souvenirs de ces braves quadrupèdes qui accompagnèrent leurs maîtres, des personnalités civiles ou militaires, à la ville ou à la montagne et surtout des simples soldats de la Grande Armée, dans leurs vies quotidiennes, en bivouac, sur les chemins ou les champs de bataille de l’Europe.
De magnifiques petites histoires, émouvantes, quelquefois insolites et qui montrent, encore une fois, à quel point nous avons des leçons à recevoir de nos amis les chiens. Symbole du dévouement et de la vigilance, le chien, "gardien du riche et ami du pauvre, est la seule créature fidèle jusqu'à la mort".

(1) Seule et regrettable exception, les meutes de chiens qui furent, hélas, utilisées dans l'île de Saint-Domingue en 1803.
Pour rétablir l'ordre républicain dans les Colonies françaises, Bonaparte, alors 1er Consul, envoya, en 1802, un corps expéditionnaire en direction de l'Amérique centrale. En 1803, Saint-Domingue s'embrase et le soulèvement est général. Sur sa propre initiative, le Général Rochambeau, Gouverneur général de l'île, se distinguera tristement par des atrocités sur la population noire : il fera venir de Cuba plusieurs centaines de bouledogues féroces qui furent employés à tuer les insurgés.
Ces chiens, à l'origine, avaient été dressés à la chasse aux esclaves par les Espagnols de La Havane.
Et comme écrivait A. Toussenel, dans son livre "L'esprit des bêtes" (J. Hetzel Librairie Editeur 1868) :  - "Ah ! ne blâmons pas le chien d'avoir servi de complice aux tyrannies et aux forfaits de l'homme ! Ses crimes sont de son maître, ses vertus seules sont de lui."


(2) Nicolas-Toussaint Charlet (1792 - 1845), peintre, dessinateur et graveur français,  il est l'auteur de nombreuses lithographies sur la période napoléonienne.
(3) Denis Auguste Marie Raffet (1804 - 1860) , dessinateur et lithographe français, spécialisé dans les scènes militaires de la Révolution et de l'Empire.
(4) Alfred Barbou, écrivain et journaliste français (1846 - 1907) auteur de : " Le chien, son histoire, ses exploits, ses aventures " aux Éditions Jouvet et Cie, PARIS 1883.


 


christian CADOPPI
" Le chien a toujours été mon héros.
Enfant, je me souviens qu'il léchait toujours mes larmes
lorsque j'étais triste. Ce brave chien, ou plutôt cette
 brave chienne, s'appelait Kethy ". 


 Kethy (1955-1965) et moi      Micky (1965-1979)         Kethy II (1979-1993)   Souany (1982-1996)

Je dédie ce site Web à la Mémoire de mes amis canins
 qui m’ont accompagné depuis ma plus tendre enfance :

Christian CADOPPI
l'administrateur du site
 



                                                                                                                                             

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