Napoléon et les chiens 

                                

Déjà en Égypte, Napoléon ne considérait pas le chien comme une aide insignifiante.
Dans sa correspondance adressée à Marmont, le 21 janvier 1799, il écrivait ceci :
"Il doit bien y avoir à Alexandrie une grande quantité de chiens dont vous pourriez aisément vous servir aux avant-postes, en liant un grand nombre à une petite distance de vos murailles".
En revanche, en écrivant cela, il n’était pas dans l’esprit de Napoléon de dresser des chiens de combat, égorgeurs d’hommes, mais simplement, d’en faire de bons gardiens prêts à donner l’alerte en cas de danger.  D’ailleurs,  jamais  Napoléon  ne  possédera  de  meutes de chiens dressées pour le combat.
Napoléon avait la phobie des chats et  s’il n’avait pas de  la réticence pour  nos amis canins, il n’était pas, en particulier, leur grand ami. A contrario, il était bien loin de les détester (à part, peut-être, le cas du possessif et rebelle "Fortuné")
car le plus surprenant, mais aussi le plus touchant, il avait, à Venise, interdit par décret une pratique monstrueuse qui consistait à se servir de chiens comme projectile pour tirer au canon, comme il était de coutume dans cette ville, lors de festivités.
Enfin, à  Sainte-Hélène, il alla même, dans ses mémoires, rendre hommage à leur fidélité.


 


Napoléon, un bon chasseur ?

N’appréciant pas particulièrement la chasse, Napoléon y participait beaucoup plus par obligation que par distraction, pour obéir aux règles que sa situation d’Impérial souverain exigeait.
L’Empereur pratiquait la chasse à courre avec ses équipages de vénerie, principalement dans les forêts de Compiègne, de Rambouillet, de Fontainebleau et quelquefois dans les bois de Saint-Cloud. La chasse à tir, avec ou sans battues, était pratiquée surtout dans les bois de Boulogne et de Versailles, ainsi que dans les forêts de Saint-Germain-en-Laye et de Marly.
D’après Constant, son valet de chambre, Napoléon n’aimait pas l’usage des fusils à deux coups et se servait, de préférence, de petits fusils simples.
À propos de fusil, l’Empereur aurait été, en tout cas, un bien piètre tireur et n’aura pas laissé, dans ce domaine,  de très brillants souvenirs.
Si l’on en croit Elzéar Blaze (1), je cite : "Napoléon, lorsqu’il tenait une carabine à la main, il manquait un bœuf", il est certain que l’Empereur n’était pas passé maître dans l’art de la chasse.
Grand passionné de chasse, le capitaine Blaze, qui commença à chasser durant les campagnes de l’Empereur, nous rapporte l’anecdote suivante :

- Lorsque Napoléon chassait, c’était pour faire de l’exercice ; il considérait la chasse comme un plaisir de roi, comme une règle d’hygiène. Il galopait ; ses veneurs se chargeaient de suivre la bête. La seule chose qui l’amusât c’était de se trouver à l’hallali (2). Un jour, à Fontainebleau, le cerf faisait tête aux chiens, et quelques piqueurs se trouvaient là ; ni l’Empereur, ni ses grands officiers n’avaient pu suivre. Déjà plusieurs chiens étaient mis hors de combat par le cerf, et les piqueurs étaient fort embarrassés. S’ils tuent la bête, l’Empereur ne sera peut-être pas content ; s’ils laissent périr leurs chiens, on les traitera d’imbéciles.

 



-  "Avez-vous vu l’Empereur ? où est l’Empereur ?"
-  "Il est parti, dit l’un ; je l’ai vu galopant du côté de Fontainebleau"

Le plus ancien piqueur se décide et tue le cerf.
À peine le pauvre animal était mort qu’au bout d’une allée on voit arriver une troupe de cavaliers.

-     "Ah ! mon dieu, nous sommes perdus, voilà l’Empereur !"
-    "Bah ! dit Renard, il n’y connaîtra rien ; s’il en sait plus que moi sur certaines choses, ici je pourrais lui en montrer"

Aussitôt il coupe dans le bois deux petites fourchettes, il les plante en terre et pose le cerf en lui donnant apparence de vie. Les chiens entourent la bête en criant, et Napoléon paraît.
Il descend de cheval, prend sa carabine et tue…le meilleur chien de la meute !

-     "Sire, le cerf est mort !"
-    "À qui le dites-vous ?" dit le grand homme en remontant à cheval.

(1) Elzéar Blaze (1788-1848). Cet officier de Napoléon publiera des souvenirs intitulés «La vie militaire sous l’Empire». Passionné de chasse et des chiens, il écrira également une série d’ouvrages sur l’Art de la chasse et sur «L’Histoire du chien».
(2) L’hallali est un cri de chasse ou une sonnerie de cor annonçant que la bête poursuivie est près de succomber.


           
                              Napoléon et ses meutes de chiens à la chasse
 

               

Fortuné, le chien de Joséphine        Sainte-Hélène, hommage à la fidélité canine       Tom Pipes

L'Empereur consolé par un chien        Les chiens de l'île d'Elbe       Fritzkin, le chien de Marie-Louise

             

  "Fortuné", le chien de Joséphine 
 




"Millions de baisers, et même à Fortuné,
en dépit de sa méchanceté."
                                    
Bonaparte.

Lettre à Joséphine,
Marmirolo, 29 messidor, an IV
[17 juillet 1796]
 

  Son histoire avec Fortuné , le chien de Joséphine, était loin d’être une histoire d’amour mais il faut reconnaître aussi que le petit Carlin avait été particulièrement abominable avec le futur Empereur.

Voici la petite histoire :

 C’est la révolution, nous sommes au mois d’avril 1794.
Considérée comme suspecte, Madame de Beauharnais fut arrêtée et écrouée à la prison des Carmes rue Vaugirard à Paris. Elle y restera près de quatre mois.
Les visites étaient à peine tolérées et les échanges de propos très surveillés, car le gardien assistait à toutes les entrevues. Seuls ses enfants, accompagnés de leur gouvernante, avaient la permission de venir la voir.
La correspondance fut également défendue, mais grâce à "Fortuné", le petit Carlin de Rose ( future Joséphine ), une  communication  avait pu s’établir grâce à la gouvernante. En effet, cette dernière, imagina de cacher, sous le collier de Fortuné, de discrets petits messages qui contenaient tout ce qu’on ne pouvait dire à sa maîtresse. Elle-même, répondit aux messages par le même procédé.
Comme il n’était pas défendu à Fortuné d’entrer à l’intérieur de la prison, le petit chien servit tout simplement de facteur.
Comme l’indique
Antoine-Vincent Arnault (1) dans ses mémoires :
"Ainsi s’établit entre elle et ses amis, sous les yeux mêmes de son surveillant, une correspondance, qui la tenait au courant des démarches qu’on faisait pour la sauver, et qui soutenait son courage. La famille sut gré au chien du bien qui s’opérait."

  Le 15 octobre 1795, Rose fait la connaissance, dans un salon, d’un curieux petit général très maigre et mal vêtu.
 Il se nomme Napoléon Bonaparte.
 Désormais, le futur Empereur des Français, aura à affronter un rival particulièrement redoutable.
Ce rival, c’est notre hargneux Fortuné le petit protégé de Rose.
A chaque fois que le jeune général viendra voir Rose chez elle, il aura à se heurter à l’hostilité de Fortuné qui, très jaloux, cherchera à mordre ce nouveau et indésirable visiteur.

  Paris, le 9 mars 1796, Rose Tascher de la Pagerie veuve de Beauharnais devient la citoyenne Bonaparte et...Joséphine !.
 Le mariage est hâtif, il est très tard et aussitôt les signatures échangées sur les registres de la Mairie, le couple regagne rapidement leur hôtel de la rue Chantereine.
Pour Napoléon, la nuit se présente mal car arrivé devant leur demeure nuptiale, des aboiements furieux retentissent de l'intérieur.
C’est encore Fortuné, le "doudou" à Joséphine, qui n’a pas arrêté d’aboyer de toute la soirée.
                    
"Fortuné" - dessin anonyme (collection de l'auteur)Joséphine ouvre la porte et cherche l’adorable petit grognard :
"Fortuné…où es-tu ? viens dire bonjour à ta maîtresse et viens voir ton nouveau maître… !"
Napoléon, décidément très pressé ce soir-là, se disposait à monter l'escalier quand il arriva devant Fortuné qui s'était installé sur le palier du premier étage et qui, à l'approche du Général, se mit à grogner sourdement, manifestant l'intention d'empêcher celui-ci d'entrer dans les appartements de sa maîtresse.
Napoléon essaya de calmer l'hostilité évidente de l'animal et il tendit la main vers lui pour la caresser, mais le roquet montra immédiatement ses dents pointues en grognant encore plus fort.
Le Général agacé écarta le chien du pied pour passer.
Le chien grognant de plus belle, saute alors dans les bras de Joséphine, qui arrivait derrière, en lançant un regard noir vers Napoléon.
Napoléon ne voulant pas contrarier son épouse, ne dit plus rien et pénétra, à la suite de Joséphine et du chien, dans la chambre.
 Une fois dans le lit nuptial, les jeunes mariés s’enlacent fougueusement.
Fortuné, qui était resté dans un coin de la chambre, dresse une oreille et se met, à nouveau, à grogner.
Le couple ne prête aucune attention aux manifestations du Carlin et continue de s’aimer ; les grognements du chien deviennent de plus en plus menaçants.
Soudain, le petit fauve saute sur le lit des amants en grondant et d’un coup de dents mord furieusement le mollet de Napoléon qui bondit hors du lit en hurlant ; mais déjà le chien a pris la fuite à toute vitesse.

 Ce petit personnage à quatre pattes occupa une place importante chez le couple "Bonaparte" et selon Antoine-Vincent Arnault, Napoléon, en montrant Fortuné qui était pelotonné sur un canapé, aurait déclaré à l’écrivain :

 " Vous voyez bien ce monsieur-là ? C’est mon rival. Il était en possession du lit de Madame quand je l’épousai. Je voulus l’en faire sortir : prétention inutile ; on me déclara qu’il fallait me résoudre à coucher ailleurs ou consentir au partage. Cela me contrariait assez, mais c’était à prendre ou à laisser. Je me résignai. Le favori fut moins accommodant que moi. J’en porte la preuve à cette jambe. "

Présentation du chien par Arnault :

 "Fortuné n’était ni beau, ni bon, ni aimable. Bas sur pattes, long de corps, moins fauve que roux, ce carlin au nez de belette ne rappelait sa race que par son masque noir et sa queue en tire-bouchon".

Napoléon aura à revoir de nouveau et une dernière fois son rival canin.

  1797, c’est la campagne d’Italie. Au mois de mai, Napoléon, qui souhaite prendre un peu de repos, va rejoindre son épouse Joséphine au château de Mombello près de Vérone.
Joséphine affectionne à tel point "l’adorable" Fortuné qu’elle l’avait emmené avec elle en Italie. Napoléon était furieux et aurait bien voulu se débarrasser de ce roquet aux dents pointues qui savaient si bien mordre.
Le petit Carlin, qui était d’une arrogance extrême, détestait et mordait tout le monde et même les autres chiens.
 Au château de Mombello, il y avait le chien du chef des cuisines, un énorme dogue qui était plutôt assez doux et très patient. Le roquet agressif s’efforçait sans cesse de le mettre en colère, de courir après lui et de le mordre au derrière.
Un beau matin, le dogue perdit patience et, d’un coup de mâchoire, étendit le Carlin sur place. Il expira peu après.
Quelle ne fut pas la douleur de sa maîtresse ! Les officiers de l’état-major se sentirent obligés de présenter pompeusement leurs condoléances.
Même Napoléon ne put s’empêcher d’y compatir : il s’affligea sincèrement d’un accident qui le rendait unique possesseur du lit conjugal.
Un grenadier, qui était de faction au château, avait jugé bon également de pleurer.
La sensiblerie du grenadier, n’avait pas manqué exaspérer Napoléon qui, après avoir rabroué, celui-ci, l’avait envoyé, illico presto, coucher à la salle de police.
Néanmoins, le « veuvage » de Joséphine ne fut pas long et Fortuné ne tarda pas à être remplacé par un autre Carlin de race anglaise, Fox, beaucoup plus doux que Fortuné, que chérit bien vite Joséphine et que taquina, bien entendu, Napoléon :
"Je ne m'y fierais pas", disais Napoléon en riant, ..."C'est un Anglais !".

Les sentiments de Napoléon vis-à-vis des deux carlins de Joséphine ne signifiaient pas pourtant qu’il fut insensible aux qualités des chiens comme le montrent les récits suivants.

(1) Antoine-Vincent ARNAULT, Poète, littérateur, secrétaire perpétuel de l'Académie française (1766-1834)

Le carlin Fox
Le carlin Fox - Dessin anonyme
(Collection de l'auteur)
 


  Sainte-Hélène, hommage à
la fidélité canine

 

Aquatine de J.P. Marie Jazet d'après H. Vernet
Aquatine de J.P. Marie Jazet d'après H. Vernet
 

  "les cris et la douleur d’un chien !"

 Sainte-Hélène, décembre 1815, Napoléon raconta à Las Cases quelques souvenirs sur la campagne d’Italie de 1796-1797 et ses sentiments suite aux plaintes douloureuses d'un chien au soir d'une bataille.

  L’action se déroule à Bassano, le 8 septembre 1796.

  Le général Bonaparte, avec 30 000 hommes, intercepte les Autrichiens qui subissent une défaite décisive.

  Napoléon disait qu’à la suite de cette affaire, il traversa le champ de bataille dont on n’avait pu encore enlever les morts et rapporta cette anecdote :

- Par un beau clair de lune et dans la solitude profonde de la nuit, un chien sortant tout à coup de dessous les vêtements d’un cadavre, s’élança sur nous et retourna presque aussitôt à son gîte, en poussant des cris douloureux ; il léchait tour à tour le visage de son maître, et se lançait de nouveau sur nous ; c’était tout à la fois demander du secours et rechercher la vengeance.
  Soit disposition du moment, continuait l’Empereur, soit le lieu, l’heure, le temps, l’acte en lui-même, ou je ne sais quoi, toujours est-il vrai que jamais rien, sur aucun de mes champs de bataille, ne me causa une impression pareille.
  Je m’arrêtais involontairement à contempler ce spectacle.
  Cet homme, me disais-je, a peut-être des amis ; il en a peut-être dans le camp, dans sa compagnie, et il gît ici abandonné de tous excepté de son chien !
  Quelle leçon la nature nous donnait par l’intermédiaire d’un animal !
  Ce qu’est l’homme ! et quel n’est pas le mystère de ses impressions ! J’avais sans émotion ordonné des batailles qui devaient décider du sort de l’armée ; j’avais vu d’un œil sec exécuter des mouvements qui amenaient la perte d’un grand nombre d’entre nous ; et ici je me sentais ému, j’étais remué par les cris et la douleur d’un chien ![…]

 


 

 "Si vous n'aimez pas les chiens,
vous n'aimez pas la fidélité !"

Illustration de Charlet 1842
"Vous n'aimez pas les chiens, Madame ?"
(Illustration de Charlet 1842)
 

 Sainte-Hélène, le 16 septembre 1816, le temps était devenu beau. Depuis longtemps, l'Empereur ne s'était promené ; il a gagné le jardin, puis il a demandé la calèche pour faire notre tour ordinaire, interrompu depuis si longtemps.
Chemin faisant, Madame de Montholon, chassait un chien qui l'avait approchée.

Napoléon : -"Vous n'aimez pas les chiens, Madame ?".

Mme de Montholon : -"Non, Sire".

Napoléon : -"Si vous n'aimez pas les chiens, vous n'aimez pas la fidélité, vous n'aimez pas qu'on vous soit fidèle, donc vous n'êtes pas fidèle".

Mme de Montholon : -"Mais..., mais..."

Napoléon : -"Mais..., mais..., quel est le vice de ma logique ? Renversez mes arguments, si vous pouvez !".

 

Illustration de Charlet 1842
(Illustration de Charlet 1842)

 

"Tom Pipes", Le Terre-Neuve
de Sainte-Hélène

Le 17 octobre 1815, à la tombée de la nuit, le Vaisseau le qui transporte Napoléon, le "Northumberland", jette l’ancre dans la rade de Jamestown à Sainte-Hélène.
Le lendemain, il visite le cottage "The Briars" (Les Églantiers) qui appartient au couple Balcombe, qui vit là avec leurs quatre enfants, dont les deux petites demoiselles, Jane et Betsy.
Avant de s’installer définitivement dans sa résidence de Longwood, Napoléon séjournera dans cette propriété, à l’intérieur d’un tout petit pavillon dépendant de la maison de la famille Balcombe.
L’Empereur y restera près de deux mois. De toute la durée de sa captivité dans l’île, c’est à cet endroit, entouré de sa petite camarade de jeux, l’espiègle Betsy, qu’il fut, très certainement, le plus heureux.

Betsy Balcombe, nous relate dans ses "souvenirs", une anecdote mettant en scène Napoléon et le chien du contre-amiral Cockburn (1), "Tom Pipes", avec qui, l’Empereur, s’amusa de temps en temps :

- Sir George Cockburn avait un magnifique Terre-Neuve nommé "Tom Pipes", et que tout le monde aimait à cause de sa beauté et de son bon caractère. Ce chien accompagnait presque toujours l’amiral dans ses visites "aux Églantiers ". Il trouvait chez nous quantité de pièces d’eau et de ruisselets où il adorait se baigner, après sa course haletante derrière les chevaux sur une route montueuse et sous le soleil tropical. Or, une fois que Napoléon travaillait dans notre jardin, à côté d’un bassin rempli de cyprins, je vis arriver "Tom Pipes". Je m’empressai de l’appeler et de l’inviter à se rafraîchir. Je savais qu’au sortir du bain, il ne manquait jamais de secouer son gros corps. Malheur alors à la personne que le hasard mettait dans son voisinage : elle recevait la plus belle des douches. La suite se devine. Le Terre-Neuve plongea et replongea dans le bassin, au grand émoi des poissons dorés et argentés. Ses ablutions terminées, il s’approcha de l’Empereur, que sa besogne absorbait, et, brusquement, il s’ébroua. Avant que Napoléon, stupéfait, eut compris ce dont il retournait, le papier sur lequel il écrivait était perdu et lui-même en si piteux état, qu’un rire inextinguible me prit malgré sa colère. Et, pour comble de comique, "Tom Pipes" refusait de s’en aller : il avait fait connaissance de l’Empereur à bord du "Northumberland", il lui témoignait son plaisir de le revoir par des gambades sans fin et des amitiés, qui, ajoutant de la boue, à l’humidité, amplifièrent encore le dégât.

(1) Sir George Cockburn (1772-1853), fut chargé, sur le Northumberland, de conduire Napoléon à Sainte-Hélène et de veiller sur lui jusqu’à l’arrivée du nouveau Gouverneur de l’île, sir Hudson Lowe.


L'Empereur consolé par un chien

 Campagne de Saxe, 1813.
Le 20 mai, c’est la victoire de Bautzen sur l’armée Prusso-Russes.
L’ennemi se retire sur Görlitz et dans sa retraite, livre un combat d’arrière-garde dans les plaines de Reichenbach et de Makersdorf le 22 mai..
Napoléon gravit un monticule pour pouvoir mieux observer ce qui se déroulait et décida d’occuper l’endroit pour passer la nuit. Juste derrière lui chevauchaient quelques officiers de l’état-major.
C’est au moment où Napoléon descendit de cheval, qu’un boulet russe, en ricochant contre un arbre, vient frapper de plein fouet, le général Kirgener puis, continuant sa course, vient éventrer le général Duroc.
Le grand Maréchal du Palais, blessé mortellement, est transporté dans une des premières maisons de Makersdorf.

Duroc va mourir, Napoléon est effondré et au bord des larmes.

Adolphe Thiers, nous narre l’anecdote du chien qui vient consoler l’Empereur :

[...] Sorti de la chaumière où l'on avait placé Duroc mourant, il alla s’asseoir sur des fascines, assez près des avant-postes. Il était là, pensif, les mains étendues sur ses genoux, les yeux humides, entendant à peine les coups de fusil des tirailleurs, et ne sentant pas les caresses d'un chien appartenant à un régiment de la Garde, qui galopait souvent à côté de son cheval, et qui en ce moment s'était posé devant lui pour lui lécher les mains [...]


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les chiens de l'île d'Elbe
 

1) Le chien de berger des Abruzzes :

 Au Musée de l’Armée à Paris, on peut voir, exposé derrière une vitrine, un chien empaillé qui aurait accompagné l’Empereur durant son séjour à l’île d’Elbe.


             Photo A & F. Kahn Editeurs 1927

C’était un chien de berger des Abruzzes (Italie) au pelage blanc et d'un aspect à la fois rustique et majestueux.
D’après J. Vacquier
(1), ce chien (dont on n'en connaît pas le nom) aurait connu les caresses de la main de l'Empereur à l'île d'Elbe.
De retour en France, il fut conservé par Mme Bertrand, épouse du Général, et naturalisé à sa mort.

Plus tard, Mme Bertrand fera cadeau de l'animal empaillé à la Vicomtesse Léon de la Ferrière qui, elle-même, en fera don au Musée de l'Armée.
Il fut restauré par un naturaliste en 1910 et le chien des Abruzzes de Napoléon, fut accueilli au Musée le 12 janvier 1911, par décision ministérielle.

       Le chien des Abruzzes et le Vizir, cheval de Napoléon       
Le chien des Abruzzes et le Vizir, cheval ( entier arabe ) de
Napoléon ( 1793-1826). Offert par le Sultan de Turquie.
Ce cheval fut emmené par l'Empereur à l'île d'Elbe en 1814.
Les voici ici tous deux empaillés et présentés au Musée de
l'Armée à Paris.
( Cliché vers 1911 - Musée de l'Armée, Paris - coll. de l'auteur )

                    
(1) Auteur des "Souvenirs authentiques de Napoléon 1er conservés au Musée de l’Armée" ( A. & F. Kahn Editeurs, Strasbourg 1927)
 

2) Le Terre-Neuve :

Possédant un instinct de sauveteur très développé, le Terre-Neuve est un symbole de fidélité, de courage et de dévouement.

I
l semblerait, mais ceci reste encore à vérifier, que Napoléon fut sauvé de la noyade par un chien Terre-Neuve lors de son départ de l'île d’Elbe... !?

Le 26 février 1815, il est un peu plus de 21 h, l’Empereur embarque dans un canot qui le dirige vers le brick " l’Inconstant ", qui mouille à environ 150 toises du rivage. 

- Dans son ouvrage, "Le Terre-Neuve" (paru aux éditions De Vecchi en 1994), G. Mazza, nous rapporte l’anecdote suivante (1) :

[...] On raconte que Napoléon, durant un terrible orage, tomba dans l’eau, la nuit, alors qu’il tentait de rejoindre la France depuis l’île d’Elbe où il était confiné depuis la défaite de Waterloo. Dans l’obscurité, et la confusion du moment, sa chute ne fut pas remarquée ; seul le Terre-Neuve qui était à bord se jeta dans l’eau et réussit à maintenir l’Empereur à la surface jusqu’à l’arrivée des secours. [...]

Commentaires :
 
Il y avait-il de l’orage dans la soirée du 26 février 1815 ?
Je doute fort, car, en l'absence de vent, le navire de l'Empereur dut mouiller encore un moment avant de partir. Ensuite, Marchand (2) , dans ses Mémoires,  ne signale nullement cet événement et évoque même un temps plutôt calme au moment du départ :

 [...] La lune était dans son plein, son disque lumineux éclairait cette scène, et donnait de la majesté à la marche de notre petite flotte ; la mer était belle, un vent de terre nous poussait rapidement vers les côtes de France. [...]

Napoléon, lui-même, n'a, en aucune façon, évoqué cet épisode dans ses mémoires. En tout cas, ce fait, tel qu'il est relaté par l’auteur, comporte déjà une grosse erreur, car, bien évidemment, la bataille de Waterloo eut lieu après le séjour de Napoléon à l’île d’Elbe, et non avant !

- Dans le bulletin n°3, édité en 2002 par le C.F.C.T.N. (Club Français du Chien Terre-Neuve), il est dit ceci :

[...] Quand il fut décidé que Napoléon quitterait l'île d'Elbe pour revenir en France, un navire devait, en secret, venir le chercher en compagnie de quelques vétérans. Ce navire ne pouvant aborder, il fallait que l'Empereur s'embarquât dans une chaloupe pour le rejoindre au point de mouillage. Mais il glissa sur un rocher et tomba à l'eau. C'était la nuit, Napoléon savait à peine nager, son escorte ne le trouvait pas. C'est alors qu'un Terre-Neuve appartenant à l'un des marins de l'embarcation sauta à l'eau, put saisir l'Empereur par le col de son manteau et le remorqua jusqu'à la chaloupe [...]

- Julie Gouraud, quant à elle, dans son ouvrage "Mémoires d'un caniche" (Librairie Hachette, Paris 1882) évoque également, au chapitre XVII, pages 277-278, la présence d'un Terre-Neuve à l'île d'Elbe et le sauvetage de l'Empereur :

[...] Plus tard, l'Empereur était à l'île d'Elbe. [...] Un soir Napoléon allait s'embarquer mystérieusement, suivi de ses fidèles grenadiers, lorsque, pour arriver au canot qui devait l'emporter, et passant sur une planche, il perdit l'équilibre et tomba dans la mer.
Avant que l'événement fût connu, on vit une masse noire plonger et replonger trois fois, puis reparaître en ramenant Napoléon. [...]

Commentaires :

Contrairement à la première version, il n'est nullement question d'orage dans les deux autres récits. En revanche, Napoléon glisse sur un rocher dans le second récit et sur une planche dans le dernier...!?
Pour ce qui concerne donc ce sauvetage "Impérial", j’émettrai , pour le moment, quelques réserves sur sa véracité.
Aussi, j'en appelle aux internautes passionnés, amateurs ou Historiens pour qu’ils me fassent part de leurs avis sur la question.
Merci par avance.

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Christian CADOPPI.

(1) Renseignements aimablement fournis par A. Froidevaux, Président de l'Amicale Neuchâteloise du Chien de Sauvetage Aquatique.
(2) Louis-Joseph Marchand (1791-1873), fut, de l'île d'Elbe à Sainte-Hélène, le premier valet de chambre de Napoléon.


"Fritzkin",
le chien de Marie-Louise

Dessin de JobNous sommes en 1810 et un événement capital entra dans la vie de Napoléon : il épousa, le 1er avril, l’archiduchesse d’Autriche Marie-Louise.
Napoléon, pour les circonstances, avait imaginé de faire transporter aux Tuileries la chambre que Marie-Louise occupait à Vienne, avec les meubles, tentures, tableaux, menus objets et autres bibelots dont les jeunes filles aiment, en principe, à s’entourer.

Parmi ces effets, il y avait aussi quelques petits animaux, telles que des colibris, un perroquet du nom de "Jacko" et un superbe petit épagneul nain à long poil, de race anglaise, baptisé, par Marie-Louise, d’un nom allemand : "Fritzkin".
Ce fut, lorsqu’elle entra dans la pièce, une immense et joyeuse surprise pour la jeune Impératrice :
"Mais c’est ma chambre !" s’écria-t-elle avec ravissement, entremêlant les mots aussi bien en français qu’en allemand.
Elle  retrouva  tout  ce  qu’elle  aimait  et  surtout  son  cher  petit
 "Fritzkin", qu’elle s’empressa de prendre dans ses bras, sans égard à sa magnifique toilette, pour le caresser et l’embrasser avec tendresse.
Napoléon, l’air souriant, était très ravi de la réussite de cette surprise :
"Ainsi, vous êtes contente et j’ai eu là une bonne pensée ?", dit l’Empereur.
La joie envahissait Marie-Louise qui, tout émue et serrant contre elle son petit chien, ne savait plus ou poser son regard autour d’elle.
"Et que sait-il faire ce charmant Frizin ?", dit l’Empereur, en écorchant le nom du petit animal.
"Fritzkin", Sire, répondit Marie-Louise en riant et elle approcha aussitôt le petit chien du visage de l’Empereur, qui le laissa lui caresser la joue de sa petite langue.
Contrairement à "Fortuné", le chien de Joséphine, Napoléon faisait cas de "Fritzkin" et ce dernier lui donna beaucoup de satisfaction.


                      
             * * * * * * * * * * * *

Enfin, pour terminer, le fameux "Moustache", le barbet héroïque de Marengo et d'Austerlitz, eut, lui aussi, le privilège de se trouver une fois devant l'Empereur, pour qui, il a exécuté le salut militaire en soulevant une patte à la hauteur de l'oreille.

  

 


Napoléon et les chiens

Douglass, un Cocker Spaniel Anglais, et ... L'Empereur !
Cette statue de Napoléon, réalisée par le sculpteur Luigi Di Quintana Bellini Trinchi
Principe Di Cagnano, est située en façe du Musée de la ferme du Caillou à Vieux-Genappe en Belgique.
Le chien Douglass appartient à Gérard Bourlier du Deuxième Régiment de Dragons.
Merci à lui pour cette splendide et originale photographie.
Visitez son superbe site :
  www.2dragons.be

( Photographies Gérard Bourlier )
 




SOURCES :
 

- "Mémorial de Sainte-Hélène"  par le comte de Las Cases . Paris 1842

- "Souvenirs d’un sexagénaire" d’Antoine-Vincent Arnault – Paris 1833

- "Joséphine" d’André Castelot – Perrin 1964

- "La générale Bonaparte" par Joseph Turquan - A la librairie illustrée, Paris sd ( fin XIXe )

- "La vie des chiens célèbres" de Pierre-Antoine Bernheim – Noêsis 1997

- "Les petits chiens de Madame Bonaparte" par L. Bajolot-Duchatel, extrait de l’hebdomadaire " Guignol " n°230 du 26 février 1935

- "Le méchant roquet Fortuné" par  Jules Chancel, extrait de l'hebdomadaire "L'écolier illustré" du 6 février 1908 - Librairie Ch. Delagrave

- "Histoire du Consulat et de l'Empire" par Adolphe Thiers - Paris 1857

- "Bautzen, une bataille de deux jours" par le Cdt Foucart - Berger-Levrault 1897

- "Souvenirs authentiques de Napoléon 1er conservés au Musée de l’Armée" par J. Vacquier -  A. & F. Kahn Editeurs - Strasbourg 1927

.- "Le Terre-Neuve" par G. Mazza - Editions De Vecchi 1994

- "Sainte-Hélène - Souvenirs d'une petite amie de Napoléon" par Paul Frémeaux - Flammarion Editeur Paris,  sans date ( vers 1910 )

- "Le drame de Ste Hélène" par André Castelot - Les Presses de la cité 1959

- "La petite fiancée de Napoléon" Souvenirs de Betsy Balcombe, présenté par Jean Tulard - Tallandier 2005

- "La petite fille de Sainte-Hélène" par Octave Aubry - Historia n° 139, juin 1958

- "Le page de Napoléon" par E. Dupuis - Librairie Ch. Delagrave Paris 1923

- "Mémoires d'un caniche" par Julie Gouraud - Librairie Hachette & Cie, Paris 1882

- "Le chasseur conteur" par Elzéar Blaze - Librairie Tresse, Paris 1840
 

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