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Dessin anonyme
(Coll. de l'auteur)
En
1812, lors de la retraite de Russie, le sergent Bourgogne, de la Garde
Impériale, fut le témoin de la scène suivante :
- J'aperçus devant
moi un individu que je reconnus, à sa capote, pour être un homme du
régiment. Il marchait fortement courbé en paraissant accablé sous le poids d'un fardeau
qu'il portait sur son sac et sur ses épaules. Faisant un effort pour me
rapprocher de lui, je fus à même de voir que le fardeau était un chien.
Le chien qu’il portait était le chien du régiment, que je ne reconnaissais
pas.
je lui témoignai ma surprise de le voir charger d'un chien, puisque
lui-même avait de la peine à se traîner, et sans lui donner le temps de me
répondre, je lui demandai si c’était pour le manger ; que, dans ce cas, le
cheval était préférable.
Hélas non !, me répondit-il, j’aimerais mieux manger du Cosaque ; tu ne
reconnais donc pas "Mouton" ?
Tout en marchant, "Mouton", à qui j’avais passé la main droite
emmaillotée sur le dos, leva la tête pour me regarder et sembla me
reconnaître."
En fait, ce chien, c'est la
mascotte du régiment des fusiliers de la Garde : "Mouton la Mascotte" et
l’homme qui transporte "Mouton" est un vieux et brave sergent nommé
Daubenton, un vétéran qui avait fait les campagnes d’Italie.
"Mouton" était un très beau caniche dont Bourgogne nous donne la
biographie :
"Mouton" était avec nous
depuis 1808, nous l'avions trouvé en Espagne, près de Benavente. Il était
venu avec nous en Allemagne et en 1809, il avait assisté aux batailles
d'Essling et de Wagram. Ensuite, il était encore retourné en Espagne en
1810 et 1811.
C'est de là qu'il partit avec le régiment pour faire la campagne de
Russie. Il fut perdu en Saxe et fait une réapparition à Moscou après avoir
suivi des soldats dont il avait reconnu l'uniforme.
Triste fin ensuite pour
"Mouton" :
C'est la retraite et la
veille du jour où nous étions arrivés à Wilna, par 28° en dessous de zéro,
" Mouton " eu les pattes complètement gelées et, ce matin, voyant qu’il ne
pouvait plus marcher, Daubenton avait résolu de l’abandonner sans qu’il
s’en aperçoive ; mais ce pauvre "Mouton" se doutait qu’il voulait partir
sans lui, car il se mit tellement à hurler qu’à la fin il se décida à le
laisser suivre. Mais à peine avait-il fait dix pas, il s’aperçut que son
malheureux chien tombait à chaque instant sur le nez.
C'est alors que Daubenton le
chargea dans son sac.
Partis de Wilna, Daubenton et "Mouton" eurent leur retraite coupée par
un petit détachement de cuirassiers Russes :
Daubenton voulait se mettre
en défense, mais non aussi avantageusement qu’il l’aurait voulu, car
"Mouton", qui aboyait comme un bon chien après un cavalier, le gênait
dans ses mouvements.
Le Cuirassier Russe tournait autour de Daubenton mais à une certaine
distance, craignant le coup de fusil. Voyant qu’il n’en faisait pas usage,
le cavalier s’avança sur Daubenton et lui allongea un coup de sabre que
celui-ci para avec le canon de son fusil.
Aussitôt, le cavalier passa sur la droite et porta un second coup de sabre
sur l’épaule gauche du soldat français et atteignit "Mouton" à la tête.
Le pauvre chien changea de ton ; il n’aboyait plus, il hurlait d’une
manière à fendre le cœur.
Quoique blessé et ayant les pattes gelées, il sauta en bas du dos de son
maître pour courir après le cavalier, mais comme il était attaché à la
courroie du sac, il fit tomber son porteur sur le côté. Je crus Daubenton
perdu.
Soudain, plusieurs
milliers de traînards de toutes les nations arrivèrent comme un torrent,
séparant les cavaliers de Daubenton et du pauvre "Mouton" qu’il n’a plus
jamais revu…

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"Récits et anecdotes"
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