Les chiens de Saragosse

Saragosse (Espagne), lors du second siège de la ville (21 décembre 1808 - 21 février 1809)
La ville, située sur les bords de l’Ebre, est entourée d’une enceinte composée de murs de maisons, de couvents et de remparts crénelés.
Le 22 janvier 1809, Napoléon, lassé par la lenteur du siège, envoya le Maréchal Lannes, à la place du Général Junot, pour diriger les opérations.
La place forte est défendue par ses habitants, des paysans et une forte garnison commandée par le Général Palafox. Le siège, qui progressa, prit, dans la lutte, un caractère moyenâgeux.
Saragosse capitula le 21 février 1809.

     

                        
                         "Mira"

 
Parmi les assiégés, un chien, qui appartenait à un contrebandier espagnol, servit de messager pour communiquer avec l’extérieur.

Le Général Lejeune (1), dans ses mémoires, nous cite la petite histoire suivante :

- Julian Perez, un des nombreux contrebandiers des Pyrénées, qui se trouvait alors enfermé dans la ville, se servait de son chien, Mira, qui était dressé à faire de la contrebande, pour procurer des renseignements à Palafox. Il lui entourait le col d’une peau velue de même poli que la bête, et sous ce collier bien cousu et difficile à reconnaître était caché cet avis : Llega noticias ("fais parvenir des nouvelles")
Le fidèle animal obéissant à regret à la volonté de son maître, lorsqu’à l’entrée de la nuit il lui commandait impérieusement de la voix et du geste d’aller à la maison, partait triste et traversait lentement les lignes françaises sans être remarqué : il continuait sa route jusqu’à Barbastro, où demeurait la femme de Perez. Déjà, à deux différentes reprises, elle avait placé sous l’enveloppe velue les avis qu’elle adressait aux assiégés, et le chien les avait rapportés à son maître ; lorsqu’enfin, au troisième voyage, l’intrépide messager, dont le nom même, Mira, signifie : prends garde à toi, rentra un matin à Saragosse ayant la cuisse percée d’une balle, et ne retourna plus à Barbastro.

(1) Lejeune (Louis-François, Baron), 1775-1848, Général, peintre et mémorialiste.

                 

                       
                       "Paquito"

Un autre valeureux chien fit parler de lui après le siège de la ville espagnole.
Ce jeune chien, qui se nommait " Paquito ", appartenait à une famille aisée de Saragosse.

Marco Minghetti, homme politique Italien (1818-1886) rapporte que son père, un officier de la légion Italienne de la Grande Armée, avait connu sa mère à Saragosse en 1809.
Blessé grièvement au cours des derniers affrontements, le lieutenant Italien Minghetti, fut soigné par une jeune infirmière espagnole, Margarita Juliani, fille d’une famille de la bonne bourgeoisie.
Arriva ce qui devait arriver, le jeune lieutenant tomba amoureux de la jolie infirmière et réciproquement.
En revanche, les parents de Margarita observaient d’un très mauvais œil cette histoire idyllique avec ce soldat Napoléonien, ennemi de l’Espagne.

Une nuit, le couple décida de s’enfuir du pays et d’aller se réfugier en Italie.
Avant de partir de la maison de ses parents, Margarita, discrètement séquestra son jeune chien, " Paquito " dans la cave afin que celui-ci ne la suivît pas, comme il était coutumier du fait.
Les fugitifs se faufilèrent dans un convoi de chariots d’ambulances qui se mit en marche en direction de la frontière française.
Arrivé à Perpignan, le couple s’échappa du convoi et prit la direction de Marseille à bord d’une voiture attelée. De Marseille, ils prirent le chemin de Nice, puis la direction de l’Italie.

Après un long et pénible voyage, ils arrivèrent à Bologne, dans la famille fortunée du jeune officier.
Ils se marièrent et s’établirent fastueusement dans cette ville.
De nombreux mois passèrent. Un soir, alors que les jeunes mariés étaient en train de dîner en famille, des gémissements et des grattements se firent entendre du côté de la porte d’entrée.
Le Maître d’hôtel de la maison alla ouvrir et l’on vit entrer, titubant, un chien très maigre complètement exténué et couvert de crasse : c’était " Paquito " !
Le pauvre animal rampa sur le sol en poussant des cris plaintifs jusqu’à sa jeune maîtresse, tenta de se relever, posa sa tête sur ses genoux puis retomba inanimé.
Hélas, malgré les soins de Margarita, l’héroïque " Paquito " mourut quelques jours après : l’épuisement et les privations furent implacablement irréversibles.

Plus tard, les parents de Margarita à Saragosse, rapportèrent que le chien, trois jours après le départ de la jeune femme, s’était enfui et qu’ils ne l’avaient plus jamais revu.


 

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