Les chiens de poètes



 

Zerbois, le chien de Lamartine
 

 Le célèbre poète Alphonse de Lamartine (1790-1869) était issu d’une famille d’aristocrates.
En 1812, il est maire de Mâcon sa ville natale et, à la première abdication de Napoléon en 1814, il s'engage dans L’armée de Louis XVIII.
En 1815, Napoléon revient sur le devant de la scène et, durant "les cent jours" (de mars à juin), le futur poète se réfugie en Suisse.

  C’est à cette époque que Lamartine commença à composer de la poésie.

  Il avait une très grande passion pour les chiens et c’est durant son bref séjour en Suisse, à Narnier sur le bord du lac Léman, qu’il fit connaissance d’un brave chien du nom de "Zerbois".

  Lamartine nous raconte dans ses "Mémoires inédites" l’anecdote suivante :

 - Je continuais à vivre seul dans ma maisonnette vide, avec les animaux muets, mes compagnons (1) Ah ! que j’aurais été heureux si la providence m’eût accordé un chien ! Il m’en vint un d’un château voisin de Narnier qui s’attacha à moi parce que je le caressais chez la batelière et qu’il me vit seul dans ma masure.
Partout où il y a un malheureux, Dieu envoie un chien. Je l’ai éprouvé vingt fois depuis. L’homme ne le voit pas toujours. [...] Depuis que ce chien m’eut adopté, ma solitude cessa. Il ne me quittait plus ; nous nous aimions, nous nous promenions, nous dormions ensemble. Il m’avait deviné comme je l’avais compris. J’avais un ami et une amie chez le batelier ; l’amie, c’était sa fille. [...] Un jour, comme je devais aller à Chambéry par Genève, le batelier et sa fille vinrent me dire adieu. Le père devait rétablir le foin dans ma chambrée, pendant que sa fille, pour abréger mon chemin par terre, me conduisait sur le lac jusqu’au cap de Bellegarde où je la laisserais. Je m’embarquais donc vers sept heures du matin et nous lançâmes l’esquif en pleine eau. Mais à peine avions-nous fait trois cents toises qu’en jetant mon regard du côté de ma maison isolée, je crus apercevoir quelque chose de noirâtre qui nageait avec effort dans notre sillage.
Je reconnus mon chien Zerbois, ce fidèle ami qui, après notre départ du rivage, croyant que nous allions revenir, avait vu que nous doublions le cap à gauche et n’avait pu résister au besoin de suivre son maître à la côte opposée. Il avait mal calculé ses forces, sa respiration bruyante nous arrivait de lame en lame par sanglots. Nous suspendîmes à l’instant nos rames, et, retournant la proue vers Narnier, nous nous efforçâmes de nous rapprocher de lui ; mais il était trop tard, et quand nous lui tendîmes le manche de la rame, il ne put le prendre et se noya, épuisé d’efforts.
Nous ne jetâmes au fond de la barque qu’un cadavre inanimé dont les yeux nous regardaient encore.
La fille du batelier pleura à sanglots ce fidèle ami mort de tendresse. Elle me promit de l’ensevelir sous la porte des douaniers à son retour. Elle reprit sa rame et pleura sur ses mains jusqu’à Bellegarde. [...] Tels furent nos adieux : le silence de mon côté, et le cadavre du chien sous les pieds de la batelière. Quels mots auraient mieux exprimé nos regrets que ce silence ? [...] Je voyais la jeune batelière, immobile et accoudée sur ses genoux, regarder mon chien et s’essuyer les yeux.
Elle ne pouvait pas voir les miens.

  Le brave chien fut victime de son immense fidélité, son enthousiasme dévoué et débordant lui aura été fatal. "Zerbois", marquera longtemps et profondément Lamartine.

(1) Dans la vieille maison où logeait le poète, habitaient aussi une chouette, une hirondelle et des souris.
 


Lamartine et les chiens

Alphonse de Lamartine par Decaisne
Alphonse de Lamartine
par Decaisne

Grand passionné de la race canine, Lamartine, bien après le tragique épisode avec "Zerbois", vécut en compagnie de six lévriers et un terre-neuve.
D’ailleurs, dans son œuvre Jocelyn, le poète écrivit quelques-uns des plus beaux vers de la langue française consacrée aux chiens.
Parmi ses lévriers, "Fido" fut, sans aucun doute, le chien préféré du poète.
Comme il le confia à son ami et biographe (1) :

"De tous mes chiens, celui que j’ai le plus aimé et dont la mort m’a le plus affligé, c’est Fido. Cette mort m’a arraché un morceau de coeur."

Et ce même biographe d’ajouter :

"Peu d’hommes ont autant aimé les chiens que lui ou les ont mieux compris."

(1) " La vie intérieure de Lamartine " de Jean Des Cognets, Paris 1913.
 

"Boatswain"
Terre-Neuve, du peintre Edwin Landseer, 1838


"Boatswain", le chien de Lord Byron
 

George Gordon, Lord Byron (1788 - 1824), grand poète romantique anglais (qui avait, par ailleurs, beaucoup d'admiration pour Napoléon), a toujours aimé être entouré d’animaux et en particulier de la race canine.
Il eut, entre autres, des bouledogues, des lévriers et un terre-neuve noir et blanc.

Le terre-neuve, appelé "Boatswain",qui fut le chien favori du poète, bénéficia de toute l’affection de son maître et connut un court, mais intense bonheur au domaine de l’abbaye de Newstead en Angleterre, que Byron avait convertie en demeure.
Ils ne se quittaient plus, et aimaient beaucoup jouer ensemble. Souvent, Byron, qui, à l’accoutumée, se plaisait à prendre des bains dans le lac, faisait semblant de se noyer. Le brave "Boatswain", qui surveillait de près son maître, se précipitait, chaque fois, dans l’eau pour le sauver.

Hélas, ce bonheur fut éphémère.

Un jour, "Boatswain" fut mordu par un chien enragé. Byron, qui ignorait totalement la nature du mal incurable de son fidèle compagnon, s’occupa à faire tout son possible pour le soigner.
Le pauvre animal, après avoir terriblement souffert, expira dans un état de folie, tout en conservant, jusqu’au dernier instant, sa douceur naturelle.
Nous étions au mois de novembre 1808, il n’était âgé que de 5 ans et demi.

La disparition prématurée de "Boatswain" fut très douloureuse pour le poète.
Byron enterra son brave et fidèle ami dans le jardin de sa propriété de Newstead. Il fit construire un caveau, sur lequel, il fit ériger un monument et, sur le piédestal, fit graver sur une plaque de marbre, une épitaphe, dont voici un extrait :



Près de cet endroit
Reposent les restes d’un être
Qui posséda la beauté sans la vanité,
La force sans l’insolence,
Le courage sans la férocité,
Et toutes les vertus de l’homme sans ses vices.
Cet éloge, qui serait une absurde flatterie
S’il était inscrit au-dessus de cendres humaines,
N’est qu’un juste tribut à la mémoire de
BOATSWAIN, un chien,
Né à Terre-Neuve en mai 1803,
Et mort à Newstead Abbey, le 18 novembre 1808

 

Curieusement, ce monument funéraire fut élevé sur le soubassement de l'autel (fait de marches circulaires) de l'église en ruine de l'abbaye.  Byron exprima, dans son testament, le souhait d’être inhumé à coté de son compagnon à l’intérieur du caveau.
Hélas, en 1817, le poète contracta des dettes et fut dans l’obligation de vendre son domaine. Dès lors, sa demande d’être enterré auprès de son chien ne put être honorée et il fut contraint d’abandonner les restes de  "Boatswain" au nouveau propriétaire.

Le mausolée de "Boatswain"
Le mausolée est toujours visible de nos jours


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