Les chiens de garde

   
   
   

                                          

                      

        "Ravage", le chien de garde
                de la Conciergerie

Chiens de prison / Léopold BoillyLa Conciergerie, renforcée par quatre fortes tours, était un palais avant d’être converti en prison. Le concierge était le gouverneur de la prison.
Pendant la Révolution Française, la Conciergerie fut surnommée "l’antichambre de la mort", car les prisonniers y étaient transférés lorsqu'approchait l’heure de la guillotine.

En 2 ans, cette prison accueillit 2700 prisonniers, dont Robespierre et Marie-Antoinette. Sous l’Empire, la Conciergerie continua d’accueillir des personnalités comme Cadoudal, le Comte de la Valette ou bien le Maréchal Ney.

 Sous la Convention, des dogues(1) furent utilisés comme gardiens dans cette illustre prison.
Le plus célèbre, de ces chiens, avait été baptisé "Ravage" et le brave animal fut chargé de surveiller le préau de la Conciergerie la nuit.
Sa réputation de chien de garde n’était plus à faire. En effet, l’intrépide "Ravage" faisait admirablement son travail et avait acquis une certaine renommée dans la prison. Hélas !, une nuit "Ravage" n’avait pas donné l’alarme et cinq prisonniers parvinrent à s’évader. Le comble est que l’on retrouva attaché au collier du dogue un assignat de 100 sous accompagné d’un message où l’on pouvait lire :

"On peut corrompre Ravage avec un assignat de 100 sous et un paquet de pieds de mouton"

  Le pauvre chien, victime de sa gourmandise, dut s’acquitter d’un bon sermon et d’une bonne journée de cachot.

(1) Le dogue de Bordeaux, très répandue sous la Révolution et le 1er Empire, était surtout utilisé comme chien de garde dans les prisons et les domaines de la grande bourgeoisie.
 

Les chiens de la Conciergerie
Les chiens de la Conciergerie
(gravure d'époque anonyme)
 

Les chiens de garde
de la Malmaison

 Acheté à crédit par Joséphine en 1799, le château de la Malmaison, situé dans les environ de Paris, avait énormément séduit le futur Empereur à son retour d’Égypte.
Des travaux de réparations et d’embellissements étaient à réaliser et, sous la direction des architectes Percier et Fontaine, l’entrepreneur chargé des travaux avait envoyé des ouvriers au château à partir du 30 janvier 1800.
À cette époque, il fallait, pour la sécurité du Premier Consul, redoubler de prudence.
Une Garde Consulaire faisait, jour et nuit, le service auprès de Napoléon, mais Étienne, Charvet, le concierge de ces lieux, était méfiant, et avait trouvé un moyen efficace pour la garde du château.

Constant, le valet de chambre de Napoléon, nous raconte, à ce sujet, l’anecdote suivante :

Le concierge de la Malmaison, qui avait toute la confiance de ses maîtres, entre autres moyens de défense et de surveillance imaginés par lui, pour mettre la demeure et la personne du premier Consul à l’abri d’un coup de main,
avait fait dresser pour la garde du château plusieurs chiens énormes, au nombre desquels se trouvaient deux très beaux chiens de Terre-Neuve.
On travaillait sans cesse aux embellissements de la Malmaison, une foule d'ouvriers y passaient les nuits, et l'on avait grand soin de les avertir de ne pas s'aventurer seuls dehors.
Une nuit que quelques-uns des chiens de garde étaient avec les ouvriers dans l’intérieur du château et se laissaient caresser par eux, leur douceur apparente inspira à un de ces hommes assez de courage ou plutôt d’imprudence pour qu’il ne craignît pas de sortir ; il crut même ne pouvoir mieux faire, pour éviter tout danger, que de se mettre sous la protection d'un de ces terribles animaux.
Il en prit donc un avec lui, et ils passèrent très amicalement ensemble le seuil de la porte ; mais à peine furent-ils dehors, que le chien s’élança sur son malheureux compagnon et le renversa ; les cris du pauvre ouvrier réveillèrent plusieurs gens de service, et l’on courut à son secours ; il était temps, car le chien le tenait terrassé et lui serrait cruellement la gorge ; on le releva grièvement blessé.
Madame Bonaparte, qui apprit cet incident, fit soigner jusqu’à parfaite guérison celui qui avait manqué d’être victime, et lui donna une forte gratification, en lui recommandant plus de prudence à l’avenir.

             
               Le chien de garde
               "à la demi-solde"

Le chien "à la demi-solde", fut le sobriquet d’un chien qui fut un jour de 1808, recueilli par le planton du Ministère de l’Administration de la Guerre, rue de Varennes, à Paris.
L’intrépide chien, qui avait réussi à mettre en fuite des voleurs, reçut, comme gratification, une pension annuelle, que lui octroya le Ministre, Jean-François Dejean.
Dès lors, l’héroïque animal fut utilisé comme chien de garde au ministère et nourrit, chaque jour, convenablement grâce à la pension.
En 1810 arriva un nouveau ministre. Très vite, celui-ci décida, pour des raisons économiques, de nouvelles réformes. Le chien de garde fut, hélas, la première "victime" de ces amendements : un traitement moins favorable et un sobriquet qu’il conservera jusqu'à sa mort.

Un article de presse lui a été consacré, au moment de sa mort, dans le journal Bruxellois L’Oracle en 1816.

Voici, ce que rapporta le journal :

De Paris, le 12 août 1816.

Le chien de l’administration de la Guerre, dit un de nos journaux, vient de mourir.

On se rappelle que ce fidèle animal sauva, en 1808, la première nuit où il reçut l’hospitalité, la caisse du ministère, que des voleurs cherchaient à enlever. Pour récompenser ce service, le ministre alors en place accorda une pension de 150 francs au chien, que le portier fut chargé de nourrir. Son successeur, M. le comte de Cessac, voulant apporter de l’économie dans toutes les branches du service, jugea à propos de diminuer de moitié la pension du précieux animal, ce qui lui fit donner le nom de chien "à la demi-solde".

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