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Le
Barbet est un chien qui a des origines très anciennes : venu,
vraisemblablement, d’Afrique du
Nord lors de l’invasion sarrasine au début du VIIIe siècle, le Barbet
berbère, gardien de moutons, migrera dans le sud de l’Espagne où là, il se
croisera avec différentes races espagnoles de chien d’eau dont une
Portugaise. Il franchira ensuite les Pyrénées, pour faire, de nouveau,
souche dans l’Aquitaine et le Languedoc. Il reprendra ensuite sa migration
vers le nord, en passant par la Vallée du Rhône et se répandra à travers
tout le territoire et, plus tard, un peu partout en Europe.
Le Barbet subira
diverses évolutions durant et après cette période. Si l'on en croit Buffon
(1) le croisement, d'un Barbet et d'un petit
épagneul aurait donné naissance au petit Barbet caniche.
D'autres s'accordent à penser que le caniche serait issu à l'origine d'un
Barbet berbère et d'une petite race de chiens de pêcheur de la péninsule
ibérique, du type Cao de Agua.
Le caniche, en plus du pelage bouclé, aurait également hérité des
capacités de chasseur de ses ancêtres.
Physiquement,
le Barbet, est un chien de taille moyenne, d'une assez forte ossature, avec de
longs poils broussailleux et frisés ; cette épaisse toison laineuse le
protège des intempéries ( il est insensible au froid et à l’humidité ). Sa
tête, large et ronde, est moustachue et barbue ( d’où son nom ) ; ses yeux
ronds très expressifs sont à moitié cachés par ses longs sourcils frisés.
Ses longues oreilles plates et pendantes sont également garnies de longs
poils bouclés. La couleur de sa robe est assez variée.
Le
Barbet est un animal hors du commun : puissant, courageux et d’un
tempérament vigoureux, il est considéré très intelligent, malicieux,
sociable et remarquablement attaché à ses maîtres. Infatigable chasseur
d’oiseaux aquatiques, il patauge et nage, à travers les roseaux, comme un
poisson par tous les temps.
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Charles Diguet
(2)
dans son ouvrage " La chasse au marais ", nous
brosse, sur le Barbet, un portrait élogieux :
- Le Barbet mérite bien
qu’on se souvienne de lui. L’eau est son domaine, c’est un nageur par
excellence, la marche le fatigue, mais la natation jamais, quelle que soit
la température !
C’est le chien de
tous ; fait pour toute espèce de travail, si son arrêt n’est pas des plus
brillants, il rapporte avec une sûreté incomparable ; il est très précieux
pour aller chercher les canards démontés, son flair est excellent et sa
fidélité à toute épreuve.
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Pour François Desplantes (3),
auteur d'un ouvrage intitulé " Les chiens militaires " ( publié à
la fin du 19e siècle ), il y a deux types de Barbets :
Les Barbets sont fort vigoureux, intelligents et hardis.
Le " Barbet de la grande espèce " a le
poil long, cotonneux et frisé ; les oreilles charnues sont couvertes d'un
poil moins frisé et plus long que celui du reste du corps ; il a la tête
ronde, les yeux beaux, le museau court et le corps trapu. Les Barbets sont
ordinairement très faciles à dresser ; ils vont à l'eau ; on leur coupe le
bout de la queue, et on les tond symétriquement pour les rendre plus beaux
et plus propres. Ce sont de tous les chiens ceux qui demandent le plus de
soins.
Le " Barbet de la petite espèce " ressemble au grand, mais on ne le dresse
pas ; il ne va pas à l'eau ; il est très attaché à son maître.
Les Barbets, en général, sont les plus attachés de tous les chiens, on a
des exemples surprenants de leur fidélité et de leur instinct.
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Très
répandu au temps de Napoléon, on pouvait rencontrer notre très doué
Barbet, doté d’attributions multiples, en tous lieux :
À la
campagne, il fut un auxiliaire de chasse très apprécié des braconniers
et également utilisé par les paysans comme gardien de la ferme ou pour la
conduite des troupeaux ; on le trouvait aussi en mer, comme compagnon des
marins. À bord des navires
(4), il servait à rapporter les oiseaux que les
matelots tiraient au fusil.
En ville, on pouvait aussi apercevoir notre brave Barbet dans la rue,
accompagner les saltimbanques et autres marchands ambulants et surtout, il
fut, avec le caniche, le chien préféré des Grognards de la Grande Armée.
Durant tout le 1er Empire, la popularité du Barbet fut particulièrement
grande au sein des régiments et
de nombreux soldats
emmenèrent ( ou adoptèrent ) leurs Barbets ( ou leurs caniches ) parce
que, sans doute, ils devaient leur remémorer le foyer qu'ils avaient
laissé derrière eux.
Bien qu'ils aient été étroitement liés à la vie militaire, jamais ces
animaux ne devinrent des chiens de guerre, dressés dans le but de
prendre une part active dans les combats.
Il faut aussi tout de même préciser que
"Caniche" et "Barbet" représentaient, aux yeux de la plupart des gens de
cette époque, le même chien.
Pour un Grognard de la Grande Armée, un grand et gros caniche bien frisé
et bien crotté pouvait aisément passer pour un Barbet et vice versa ; d'où
une certaine confusion dans les témoignages de ces soldats.
Les divers récits concernant le chien "Moustache" en sont un exemple
frappant : tantôt, il est un caniche, tantôt un Barbet...!
Il est indéniable que le caniche et le Barbet sont indissociables, mais
pas indiscernables.
Néanmoins,
Moustache fut bien un fort et vigoureux Barbet et bon nombre d’unités
avaient adopté leur "Barbet" comme mascotte de régiment.
Voici quelques exemples
qui expliqueraient les raisons de cette confusion à l'époque :
- En 1800, il est écrit, dans
le "Dictionnaire raisonné et universel d'Histoire naturelle", que
l'appellation "Barbet" aurait été donnée à une race de chiens couverts
d'un poil long, frisé et laineux comme une toison et que "Caniche" serait
l'appellation de la femelle du Barbet.
- En 1817, il est précisé,
dans le "Dictionnaire des sciences naturelles", que "Caniche"
serait l'un des noms donnés au Barbet.
- En 1825, il est dit, dans le
"Dictionnaire d'Histoire naturelle", que les appellations "Caniche-Barbet"
ou "Chien-Canard", furent les noms d'une race de chiens d'eau.
- En 1835, il est écrit, dans
le "Dictionnaire pittoresque d'Histoire naturelle", que le chien
Barbet est aussi appelé "Caniche" et "Chien-Canard".
Mis à part ces dictionnaires,
de nombreux auteurs ont aussi très largement contribué à cette confusion :
Si l'on en croit le Docteur
vétérinaire Méry, le "Petit Barbet" était également appelé "Caniche". Il
explique aussi que le terme "Barbet" provenait, très vraisemblablement, à
la physionomie barbue de ce chien et qu'au fil des années, le "Chien à
barbe" aurait évolué en "Barbet".
Selon le théoricien en zootechnie Paul Dechambre, le "Barbet" fut appelé
aussi "Caniche" en raison de son ancienne utilisation pour la chasse au
gibier aquatique : de "Chien-Canard", il deviendra "Chien à canes", puis
"Caniche". Le théoricien précise également que le Barbet était assez
souvent appelé "Chien mouton" alors que cette appellation était donnée
aussi au caniche.
Pour le vétérinaire et écrivain-zoologiste Eugène Gayot, il n'y a qu'une
différence peu tranchée entre "Barbet" et "Caniche" ; on applique
volontiers à l'un l'appellation de l'autre et réciproquement.
Et il termine sur la conclusion suivante : " C'est sans conséquence, en
ce qui les concerne, tant les points de ressemblance sont nombreux ".
Enfin, selon d'autres, on nommait autrefois du nom de "Barbet", tous les
chiens barbus et moustachus à poil long et frisé.
En conclusion, nous pourrions
dire que les deux appellations "Caniche" et "Barbet", ont servi très
longtemps, et en particulier entre le Premier et le Second Empire, à
désigner un même et seul chien. De cette réalité,
en évoquant l'histoire du caniche,
nous ne pouvons que retracer inévitablement celle
du Barbet.
Le Barbet, héros de tous les faits
cités en l’honneur de la race canine
C’est donc un
Barbet qui fut immortalisé par JOB
(5), qui représenta le fameux Moustache décoré
par le Maréchal Lannes après la bataille d’Austerlitz ; c’est un Barbet
que le peintre Horace Vernet nous représente recevant avec reconnaissance
les soins de deux soldats sur un autre champ de bataille ; c’est également
un Barbet que ce même peintre nous montre léchant le visage d’un
"trompette" blessé, étendu près de son cheval ; c’est encore un héroïque
et généreux Barbet qui, lorsque son maître va être fusilier, se dresse
contre lui comme, pour le protéger et recevoir, en même temps que lui, les
balles meurtrières.
Le Barbet déploie une très grande aptitude à comprendre
et à exécuter des tours de force et d’adresse. Et c’est très certainement
au sein des régiments de la Grande Armée que furent obtenus les résultats
d’instructions les plus étonnants.
Nombreuses sont les prouesses par lesquelles le Barbet a su mériter les
faveurs d’un régiment. Ce n’est, non seulement, par sa physionomie
éveillée et sa brillante intelligence qu’il se rend cher au soldat, c’est
aussi par sa rusticité et sa robustesse, par la franchise et la bonté de
son caractère, par son courage, son dévouement et par la grande sincérité
du désintéressement de son affection.
Il représente le complice, le bon camarade et l’auxiliaire idéal sur
lesquels le troupier napoléonien pouvait compter dans toutes les
circonstances.
Le Barbet dans l'héraldique
En héraldique, le chien est fort bien représenté. Il incarne déjà la
chasse, un des grands privilèges de la noblesse. Il symbolise aussi
l'obéissance et la vigilance : le chien de garde.
D'après Alfred Barbou (6), le chien, figure
emblématique de la fidélité, fut tellement considéré comme un animal noble
que les héraldistes en auront fait le symbole de l'intelligence, de
l'affection et sera présent sur les armoiries.
Les chiens représentés sur les écus sont généralement des Lévriers et des
Braques, mais aussi des Barbets.
(1) Buffon, George-Louis Leclerc, Comte de (1707 - 1788), naturaliste
français.
(2)
Charles Diguet, écrivain cynégétique français (1836 - 1909) auteur de : "
La chasse au marais " aux Éditions Dentu, Paris 1889.
(3) François Desplantes, écrivain et Officier de l'Instruction publique
(1843 - ? ) auteur de : " Les chiens militaires "
aux
Éditions Mégard et Cie, Rouen 1888.
(4) Pour l’anecdote, la pièce d’artillerie qui était postée à la proue des
navires avait été baptisée Barbette par les marins, parce qu’elle
aurait pris la place qui avait été celle du chien de bord.
Il faut savoir qu’une Barbette est la femelle du Barbet (un chiot mâle
est appelé Barbichet, un chiot femelle : Une Barbichette, un jeune mâle :
Un Barbichon et une jeune femelle : Une Barbiche )
(5) Jacques Onfroy de Bréville, dit JOB, dessinateur-illustrateur
(1858-1931)
(6) Alfred Barbou, écrivain et journaliste français (1846 - 1907) auteur
de : " Le chien, son histoire, ses exploits, ses aventures " aux
Éditions
Jouvet et Cie, PARIS 1883.
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"Le chien du régiment "
par
Horace Vernet ( 1789-1863)
Ce superbe tableau, exécuté
en 1819 pour le duc de Berry, représente un
vieux chien
Barbet de régiment blessé sur un champ de bataille : une balle lui a
entaillé le dessus de la tête, une autre lui a cassé la patte.
Il a été mis à l'écart par deux soldats, ses frères d'armes.
Le tambour vide son bidon d'eau sur un morceau d'étoffe pour
laver les blessures, tandis que l'autre soldat le tient et le
caresse pour le rassurer. |
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Quelques
illustres
Barbets au temps de Napoléon

Moustache
: Sans doute, l’un des
plus célèbres Barbets de l’Histoire.
À la bataille
d’Austerlitz, l’héroïque chien ramena dans les lignes françaises l’étendard
du régiment, tombé sur le champ de
bataille, à la
mort du porte-drapeau. L’intrépide Barbet, qui fut blessé dans cette course
effrénée, sera décoré, par le Maréchal
Lannes en
personne, pour acte de bravoure.
Moffino
: Le Barbet napoléonien le plus célèbre juste après « Moustache ». Il fut
présent à la campagne de Russie dans un
régiment italien,
traversa la Bérézina et parcourut plus de la moitié de l’Europe, au prix de
souffrances atroces, pour retrouver son maître à Milan.
Tofino
: un autre
Barbet italien qui fut la mascotte d’un régiment de vélites. À la caserne,
il montait toujours la garde auprès de
son maître devant la
guérite et faisait le salut militaire. Son maître fut tué lors de la
traversée de la Bérézina et revint seul à la caserne.
Corps-de-garde
: Ce Barbet sauva plus d’une fois ses frères d’armes d’une embuscade ; il
courait en éclaireur lorsque son
régiment marchait et aboyait au moindre danger. Au combat, il était
toujours auprès du porte-drapeau.
Barbuche
: Ce pauvre
Barbet perdit une patte en voulant défendre un jeune tambour qui fut tué
lors d’un combat.
Crotteur
: C’est
l’histoire d’un Barbet qui fut le compagnon et le complice d’un jeune
garçon, «décrotteur», de par son métier,
dans les rues de Paris. Cet astucieux Barbet avait été dressé par son maître
pour salir les souliers des passants qui n’avaient
plus qu’à se précipiter vers le «décrotteur» pour les faire nettoyer.
Le Barbet de Beaumanoir
: L’histoire
d’un fidèle et désespéré Barbet qui n’accepte pas la disparition de son
jeune maître dans des circonstances tragiques.
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Moustache
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Expressions familières sur le Barbet

- « Crotté comme un Barbet
» :
Couvert de boue, sali par les intempéries.
La longueur du poil du barbet l’expose à se crotter affreusement en
marchant, d’ou l’expression, se crotter comme un Barbet.
- « Suivre quelqu’un comme un
Barbet »
: le suivre partout, il me suit comme un Barbet. Chien très attaché à
son maître.
- « Chercheur de Barbet »
:
Voleur, filou. Le chercheur de Barbet est un cambrioleur qui s’introduit
dans les maisons sous prétexte de chercher un chien égaré ( un Barbet ) et
qui vient pour dérober.
- « Barboter »
: Dérober, chiper, voler / remuer l’eau en nageant,
patauger.
Le Barbet, est un brin chapardeur et étant un « chien d’eau », aime bien
aussi se baigner.
- « C’est un Barbet ! »
:
Personne soupçonnée de « rapporter » tout ce qui est fait, tout ce
que l’on dit. Le Barbet est un excellent « rapporteur » de gibier
d’eau.
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Hommage aux Barbets
( photos de l'auteur )
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Les tondeurs de chiens
À
la fin du XVIIIe siècle, la mode du caniche
connaît un renouveau et fait renaître le métier de tondeurs de chiens.
À Paris, les tondeurs de chiens étaient présents près des Tuileries, sur
des terrains vagues, mais on les rencontrait surtout sur les quais de la
seine et sur le Pont-Neuf parmi les oiseleurs, les bateleurs, les
bouquinistes et autres camelots de l’époque.
Quelquefois, on pouvait voir déambuler leur silhouette familière dans les
rues, criant haut et fort : "tonds les chiens !".
Les principaux "clients" furent, bien sûr, tous les chiens à poil long et
frisé comme le bichon ou le caniche ; sur ce dernier était pratiquée la
fameuse tonte dite "en lion", qui fut, et qui est toujours, l’apanage de
cette race.
Le Barbet, qui est le "grand frère" du caniche, plus puissant et plus
rustique que celui-ci, se faisait également tondre, de temps en temps, son
épaisse toison laineuse
( tonte dite "de chasse" ).
Les poils étaient récupérés et souvent revendus aux confectionneurs de
paillasses.
Les tondeurs de chiens furent si populaires, qu’une pièce de théâtre fut
jouée en leur honneur à Paris en 1799.
Sous l’Empire, un des plus célèbres tondeurs de la capitale se nommait
Joseph Lorin et exerçait sur le Pont Neuf.
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