Le Barbet
chien préféré des Grognards


Barbet à la chasse - gravure 19e siècle ( collection de l'auteur )

Le Barbet est un chien qui a des origines très anciennes : venu, vraisemblablement, d’Afrique du Nord lors de l’invasion sarrasine au début du VIIIe siècle, le Barbet berbère, gardien de moutons, migrera dans le sud de l’Espagne où là, il se croisera avec différentes races espagnoles de chien d’eau dont une Portugaise. Il franchira ensuite les Pyrénées, pour faire, de nouveau, souche dans l’Aquitaine et le Languedoc. Il reprendra ensuite sa migration vers le nord, en passant par la Vallée du Rhône et se répandra à travers tout le territoire et, plus tard, un peu partout en Europe.
Le Barbet subira diverses évolutions durant et après cette période. Si l'on en croit Buffon (1) le croisement, d'un Barbet et d'un petit épagneul aurait donné naissance au petit Barbet caniche.
D'autres s'accordent à penser que le caniche serait issu à l'origine d'un Barbet berbère et d'une petite race de chiens de pêcheur de la péninsule ibérique, du type Cao de Agua.
Le caniche, en plus du pelage bouclé, aurait également hérité des capacités de chasseur de ses ancêtres.

BarbetPhysiquement, le Barbet, est un chien de taille moyenne, d'une assez forte ossature, avec de longs poils broussailleux et frisés ; cette épaisse toison laineuse le protège des intempéries ( il est insensible au froid et à l’humidité ). Sa tête, large et ronde, est moustachue et barbue ( d’où son nom ) ; ses yeux ronds très expressifs sont à moitié cachés par ses longs sourcils frisés. Ses longues oreilles plates et pendantes sont également garnies de longs poils bouclés. La couleur de sa robe est assez variée.
Le Barbet est un animal hors du commun : puissant, courageux et d’un tempérament vigoureux, il est considéré très intelligent, malicieux, sociable et remarquablement attaché à ses maîtres. Infatigable chasseur d’oiseaux aquatiques, il patauge et nage, à travers les roseaux, comme un poisson par tous les temps.


Charles Diguet
(2) dans son ouvrage " La chasse au marais ", nous brosse, sur le Barbet, un portrait élogieux :

- Le Barbet mérite bien qu’on se souvienne de lui. L’eau est son domaine, c’est un nageur par excellence, la marche le fatigue, mais la natation jamais, quelle que soit la température !
C’est le chien de tous ; fait pour toute espèce de travail, si son arrêt n’est pas des plus brillants, il rapporte avec une sûreté incomparable ; il est très précieux pour aller chercher les canards démontés, son flair est excellent et sa fidélité à toute épreuve.

Le Barbet - gravure du 19e siècle ( collection de l'auteur )

Pour François Desplantes (3), auteur d'un ouvrage intitulé " Les chiens militaires " ( publié à la fin du 19e siècle ),  il y a deux types de Barbets :

Les Barbets sont fort vigoureux, intelligents et hardis.
Le " Barbet de la grande espèce " a le poil long, cotonneux et frisé ; les oreilles charnues sont couvertes d'un poil moins frisé et plus long que celui du reste du corps ; il a la tête ronde, les yeux beaux, le museau court et le corps trapu. Les Barbets sont ordinairement très faciles à dresser ; ils vont à l'eau ; on leur coupe le bout de la queue, et on les tond symétriquement pour les rendre plus beaux et plus propres. Ce sont de tous les chiens ceux qui demandent le plus de soins.
Le " Barbet de la petite espèce " ressemble au grand, mais on ne le dresse pas ; il ne va pas à l'eau ; il est très attaché à son maître.
Les Barbets, en général, sont les plus attachés de tous les chiens, on a des exemples surprenants de leur fidélité et de leur instinct.


Très répandu au temps de Napoléon, on pouvait rencontrer notre très doué Barbet, doté d’attributions multiples, en tous lieux :

Barbet sur champ de bataille - gravure 19e siècle ( collection de l'auteur )À la campagne, il fut un auxiliaire de chasse très apprécié des braconniers et également utilisé par les paysans comme gardien de la ferme ou pour la conduite des troupeaux ; on le trouvait aussi en mer, comme compagnon des marins. À bord des navires (4), il servait à rapporter les oiseaux que les matelots tiraient au fusil.
En ville, on pouvait aussi apercevoir notre brave Barbet dans la rue, accompagner les saltimbanques et autres marchands ambulants et surtout, il fut, avec le caniche, le chien préféré des Grognards de la Grande Armée.
Durant tout le 1er Empire, la popularité du Barbet fut particulièrement grande au sein des régiments et
de nombreux soldats emmenèrent ( ou adoptèrent ) leurs Barbets ( ou leurs caniches ) parce que, sans doute, ils devaient leur remémorer le foyer qu'ils avaient laissé derrière eux.
Bien qu'ils aient été étroitement liés à la vie militaire, jamais ces animaux ne devinrent des chiens de guerre, dressés dans le but de prendre une part active dans les combats.
Il faut aussi tout de même préciser que "Caniche" et "Barbet" représentaient, aux yeux de la plupart des gens de cette époque, le même chien.
Pour un Grognard de la Grande Armée, un grand et gros caniche bien frisé et bien crotté pouvait aisément passer pour un Barbet et vice versa ; d'où une certaine confusion dans les témoignages de ces soldats.
Les divers récits concernant le chien "Moustache" en sont un exemple frappant : tantôt, il est un caniche, tantôt un Barbet...!
Il est indéniable que le caniche et le Barbet sont indissociables, mais pas indiscernables.
Néanmoins, Moustache fut bien un fort et vigoureux Barbet et bon nombre d’unités avaient adopté leur "Barbet" comme mascotte de régiment.

Voici quelques exemples qui expliqueraient les raisons de cette confusion à l'époque :

- En 1800, il est écrit, dans le "Dictionnaire raisonné et universel d'Histoire naturelle", que l'appellation "Barbet" aurait été donnée à une race de chiens couverts d'un poil long, frisé et laineux comme une toison et que "Caniche" serait l'appellation de la femelle du Barbet.

- En 1817, il est précisé, dans le "Dictionnaire des sciences naturelles", que "Caniche" serait l'un des noms donnés au Barbet.

- En 1825, il est dit, dans le "Dictionnaire d'Histoire naturelle", que les appellations "Caniche-Barbet" ou "Chien-Canard", furent les noms d'une race de chiens d'eau.

- En 1835, il est écrit, dans le "Dictionnaire pittoresque d'Histoire naturelle", que le chien Barbet est aussi appelé "Caniche" et "Chien-Canard".

Mis à part ces dictionnaires, de nombreux auteurs ont aussi très largement contribué à cette confusion :

Caniche et barbetSi l'on en croit le Docteur vétérinaire Méry, le "Petit Barbet" était également appelé "Caniche". Il explique aussi que le terme "Barbet" provenait, très vraisemblablement, à la physionomie barbue de ce chien et qu'au fil des années, le "Chien à barbe" aurait évolué en "Barbet".
Selon le théoricien en zootechnie Paul Dechambre, le "Barbet" fut appelé aussi "Caniche" en raison de son ancienne utilisation pour la chasse au gibier aquatique : de "Chien-Canard", il deviendra "Chien à canes", puis "Caniche". Le théoricien précise également que le Barbet était assez souvent appelé "Chien mouton" alors que cette appellation était donnée aussi au caniche.
Pour le vétérinaire et écrivain-zoologiste Eugène Gayot, il n'y a qu'une différence peu tranchée entre "Barbet" et "Caniche" ; on applique volontiers à l'un l'appellation de l'autre et réciproquement. Et il termine sur la conclusion suivante : " C'est sans conséquence, en ce qui les concerne, tant les points de ressemblance sont nombreux ".
Enfin, selon d'autres, on nommait autrefois du nom de "Barbet", tous les chiens barbus et moustachus à poil long et frisé.
En conclusion, nous pourrions dire que les deux appellations "Caniche" et "Barbet", ont servi très longtemps, et en particulier entre le Premier et le Second Empire, à désigner un même et seul chien. De cette réalité,
en évoquant l'histoire du caniche, nous ne pouvons que retracer inévitablement celle du Barbet.

Le Barbet, héros de tous les faits cités en l’honneur de la race canine

C’est donc un Barbet qui fut immortalisé par JOB (5), qui représenta le fameux Moustache décoré par le Maréchal Lannes après la bataille d’Austerlitz ; c’est un Barbet que le peintre Horace Vernet nous représente recevant avec reconnaissance les soins de deux soldats sur un autre champ de bataille ; c’est également un Barbet que ce même peintre nous montre léchant le visage d’un "trompette" blessé, étendu près de son cheval ; c’est encore un héroïque et généreux Barbet qui, lorsque son maître va être fusilier, se dresse contre lui comme, pour le protéger et recevoir, en même temps que lui, les balles meurtrières.

Le Barbet déploie une très grande aptitude à comprendre et à exécuter des tours de force et d’adresse. Et c’est très certainement au sein des régiments de la Grande Armée que furent obtenus les résultats d’instructions les plus étonnants.
Nombreuses sont les prouesses par lesquelles le Barbet a su mériter les faveurs d’un régiment. Ce n’est, non seulement, par sa physionomie éveillée et sa brillante intelligence qu’il se rend cher au soldat, c’est aussi par sa rusticité et sa robustesse, par la franchise et la bonté de son caractère, par son courage, son dévouement et par la grande sincérité du désintéressement de son affection.
Il représente le complice, le bon camarade et l’auxiliaire idéal sur lesquels le troupier napoléonien pouvait compter dans toutes les circonstances.

Le Barbet dans l'héraldique

En héraldique, le chien est fort bien représenté. Il incarne déjà la chasse, un des grands privilèges de la noblesse. Il symbolise aussi l'obéissance et la vigilance : le chien de garde.
D'après Alfred Barbou (6), le chien, figure emblématique de la fidélité, fut tellement considéré comme un animal noble que les héraldistes en auront fait le symbole de l'intelligence, de l'affection et sera présent sur les armoiries.
Les chiens représentés sur les écus sont généralement des Lévriers et des Braques, mais aussi des Barbets.


(1) Buffon, George-Louis Leclerc, Comte de (1707 - 1788), naturaliste français.
(2) Charles Diguet, écrivain cynégétique français (1836 - 1909) auteur de : " La chasse au marais " aux Éditions Dentu, Paris 1889.
(3) François Desplantes, écrivain et Officier de l'Instruction publique (1843 - ? ) auteur de : " Les chiens militaires "
aux Éditions Mégard et Cie, Rouen 1888.
(4) Pour l’anecdote, la pièce d’artillerie qui était postée à la proue des navires avait été baptisée Barbette par les marins, parce qu’elle aurait pris la place qui avait été celle du chien de bord.
Il faut savoir qu’une Barbette est la femelle du Barbet (un chiot mâle est appelé Barbichet, un chiot femelle : Une Barbichette, un jeune mâle : Un Barbichon et une jeune femelle : Une Barbiche )
(5) Jacques Onfroy de Bréville, dit JOB, dessinateur-illustrateur (1858-1931)
(6) Alfred Barbou, écrivain et journaliste français (1846 - 1907) auteur de : " Le chien, son histoire, ses exploits, ses aventures " aux
Éditions Jouvet et Cie, PARIS 1883.


 

"Le chien du régiment est blessé"par Horace Vernet ( 1789-1863)

                  "Le chien du régiment " par Horace Vernet ( 1789-1863)

Ce superbe tableau, exécuté en 1819 pour le duc de Berry,  représente  un  vieux chien  Barbet de régiment blessé sur un champ de bataille : une balle lui a entaillé le dessus de la tête, une autre lui a cassé la patte. Il a été mis à l'écart par deux soldats, ses frères d'armes. Le tambour vide son bidon d'eau sur un morceau d'étoffe pour laver les blessures, tandis que l'autre soldat le tient et le caresse pour le rassurer.

         


Quelques
illustres Barbets au temps de Napoléon


Moustache : Sans doute, l’un des plus célèbres Barbets de l’Histoire.
À la bataille d’Austerlitz, l’héroïque chien ramena dans les lignes françaises l’étendard du régiment, tombé sur le champ de bataille, à la mort du porte-drapeau. L’intrépide Barbet, qui fut blessé dans cette course effrénée, sera décoré, par le Maréchal Lannes en personne, pour acte de bravoure.


Moffino : Le Barbet napoléonien le plus célèbre juste après « Moustache ». Il fut présent à la campagne de Russie dans un régiment italien, traversa la Bérézina et parcourut plus de la moitié de l’Europe, au prix de souffrances atroces, pour retrouver son maître à Milan.

Tofino : un autre Barbet italien qui fut la mascotte d’un régiment de vélites. À la caserne, il montait toujours la garde auprès de son maître devant la guérite et faisait le salut militaire. Son maître fut tué lors de la traversée de la Bérézina et revint seul à la caserne.

Corps-de-garde : Ce Barbet sauva plus d’une fois ses frères d’armes d’une embuscade ; il courait en éclaireur lorsque son régiment marchait et aboyait au moindre danger.  Au combat, il était toujours auprès du porte-drapeau.

Barbuche : Ce pauvre Barbet perdit une patte en voulant défendre un jeune tambour qui fut tué lors d’un combat.

Crotteur : C’est l’histoire d’un Barbet qui fut le compagnon et le complice d’un jeune garçon, «décrotteur», de par son métier, dans les rues de Paris. Cet astucieux Barbet avait été dressé par son maître pour salir les souliers des passants qui n’avaient plus qu’à se précipiter vers le «décrotteur» pour les faire nettoyer.

Le Barbet de Beaumanoir : L’histoire d’un fidèle et désespéré Barbet qui n’accepte pas la disparition de son jeune maître dans des circonstances tragiques.

 

                                                                                            
                                                                                                Le célèbre Barbet Moustache     
                                                                                                        Moustache

 


Expressions familières sur le Barbet



 

- « Crotté comme un Barbet » : Couvert de boue, sali par les intempéries.
La longueur du poil du barbet l’expose à se crotter affreusement en marchant, d’ou l’expression, se crotter comme un Barbet.

- « Suivre quelqu’un comme un Barbet » : le suivre partout, il me suit comme un Barbet. Chien très attaché à son maître.

- « Chercheur de Barbet » : Voleur, filou. Le chercheur de Barbet est un cambrioleur qui s’introduit dans les maisons sous prétexte de chercher un chien égaré ( un Barbet ) et qui vient pour dérober.

- « Barboter » : Dérober, chiper, voler  /  remuer l’eau en nageant, patauger.
Le Barbet, est un brin chapardeur et étant un « chien d’eau », aime bien aussi se baigner.

- « C’est un Barbet ! » : Personne soupçonnée de « rapporter » tout ce qui est fait, tout ce que l’on dit. Le Barbet est un excellent « rapporteur » de gibier d’eau.
 


 

                                               


 

Barbets à la commémoration de MOUSTACHE le 11 mars 2006 au cimetière des chiens d'Asnières

Hommage aux Barbets ( photos de l'auteur )

Barbets à la commémoration de MOUSTACHE le 11 mars 2006 au cimetière des chiens d'Asnières

 

 Les tondeurs de chiens

À la fin du XVIIIe siècle, la mode du caniche connaît un renouveau et fait renaître le métier de tondeurs de chiens.

À Paris, les tondeurs de chiens étaient présents près des Tuileries, sur des terrains vagues, mais on les rencontrait surtout sur les quais de la seine et sur le Pont-Neuf parmi les oiseleurs, les bateleurs, les bouquinistes et autres camelots de l’époque.
Quelquefois, on pouvait voir déambuler leur silhouette familière dans les rues, criant haut et fort : "tonds les chiens !".

Les principaux "clients" furent, bien sûr, tous les chiens à poil long et frisé comme le bichon ou le caniche ; sur ce dernier était pratiquée la fameuse tonte dite "en lion", qui fut, et qui est toujours, l’apanage de cette race.
Le Barbet, qui est le "grand frère" du caniche, plus puissant et plus rustique que celui-ci, se faisait également tondre, de temps en temps, son épaisse toison  laineuse
( tonte dite "de chasse" ).
Les poils étaient récupérés et souvent revendus aux confectionneurs de paillasses.
Les tondeurs de chiens furent si populaires, qu’une pièce de théâtre fut jouée en leur honneur à Paris en 1799.
Sous l’Empire, un des plus célèbres tondeurs de la capitale se nommait Joseph Lorin et exerçait sur le Pont Neuf.

             

             


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