Divers témoignages
du capitaine Elzéar BLAZE

Grand passionné de la race canine, le capitaine Elzéar BLAZE, qui servit dans la Grande Armée de 1807 à 1814, se lancera dans la littérature cynégétique et cynophile en publiant une série d’ouvrages (« Le chasseur au chien d’arrêt » ; « Le chasseur au chien courant » ; « Le chasseur aux filets » ; « Le chasseur conteur » ; « Histoire du chien »)

Dans ces différents ouvrages, Elzéar Blaze nous rapporte de divers, et très intéressants, témoignages.

Elzéar-Jean-Louis-Joseph BLAZE ( 1788 – 1848 )

 

Officier, Docteur en cynégétique et écrivain français, né à Cavaillon dans le Vaucluse, le 18 octobre 1788 ; fils de Henri-Sébastien Blaze, notaire à Avignon et compositeur de musique.
À 18 ans, le jeune Elzéar s’engage aux Vélites de la Garde Impériale et entre à l’école militaire de Fontainebleau le 15 novembre 1806. Il sort de l’école avec le grade de sous-lieutenant et est affecté au 108e régiment de ligne le 11 avril 1807, dans le 3e corps d’armée du maréchal Davout en Allemagne ( division du général  Friant ). Le 6 juin 1807, il quitte son cantonnement pour marcher sur Friedland ( 14 juin 1807 ). Nommé lieutenant le 8 juin 1809, il fait la campagne d’Autriche et sera blessé d’un coup de feu le 6 juillet 1809 à la bataille de Wagram. Le 16 mars 1810, à Braunau ( frontière autrichienne ), le régiment du lieutenant Blaze est l’une des unités qui sont désignées pour recevoir en grande pompe la future Impératrice Marie-Louise. Le 5 août 1811, il est nommé capitaine, devient l’aide de camp du général Rottembourg le 21 novembre de la même année et part en Espagne jusqu’au 2 mars 1812, date à laquelle, il rejoint son unité en garnison à Hambourg. Le 30 mai 1813, débute le long siège de Hambourg. Blaze prend part à la défense de la ville et sera blessé légèrement par un boulet le 17 février 1814. Après l’abdication de Napoléon ( 6 avril 1814 ), il déserte le 25 avril 1814 et reprend du service à Avignon au 6e régiment de ligne le 1er septembre 1814. Il démissionne le 9 avril 1815, reprend, de nouveau, du service, le 23 octobre 1815, comme chef de bataillon et part, le 5 janvier 1816, en garnison à Valenciennes au 1er régiment de la Garde Royale. Il se marie avec une riche veuve plus âgée que lui, quitte l’armée ( mise en non-activité le 25 janvier 1819 ), et se retire avec son épouse dans le petit village de Chennevières-sur-Marne, situé à environ 15 km au sud-est de Paris, pour se livrer à sa passion de la chasse et de la cynologie. Il devient Maire de ce village de 1826 à 1830 et laisse de nombreux souvenirs littéraires sur la chasse et la race canine. Il marque également le début du journalisme cynégétique en 1836 avec "le journal des chasseurs" auquel il collabore régulièrement jusqu’à sa mort. Il laisse aussi son témoignage sur la vie militaire sous le 1er Empire, d’une sincérité pénétrante, qui sera publié pour la première fois en 1837.
Observateur pertinent et perspicace, d’une philosophie plutôt joviale, avec une pointe d’ironie, Elzéar Blaze, conservera tout le long de sa vie cet esprit avisé et sans emphase, pour apporter une contribution de qualité à l’étude historique, tant sur le plan militaire que sur la chasse, sans oublier l’histoire du chien, son meilleur ami.
Il décède à Paris le 9 octobre 1848.
 

 

Illustration de Charlet                  Illustration de H. Feist

             

 




Le chien

Le chien est le plus fidèle, le plus intelligent, le plus courageux des animaux ; il reconnaît son maître à sa voix, au bruit de ses pas, et le sent de fort loin. Il flatte les amis de la maison, et grogne à l'arrivée d'un inconnu. S'il fait un long voyage, il se souvient du chemin ; il pleure son maître mort et l'accompagne au tombeau. S'il faut le défendre contre plusieurs ennemis, il ne les comptera jamais : il se lancera dans la mêlée, mordra partout, tiendra tête à tous, nul danger ne l'intimidera. […] Le chien ne connaît point le mot vertu ; ce que nous décorons de ce titre et que nous admirons, comme chose rare, et fort rare en effet, compose son état normal. […] Il vous aimera sans mettre de calcul dans ses affections ; son plus grand plaisir sera d’être près de vous, et fusiez vous réduit à mendier votre pain, non seulement il vous aidera dans ce métier difficile, mais encore il ne vous abandonnerait point pour suivre un roi dans son palais. […] Pour la beauté des formes, aucun animal n’est supérieur au chien.
Il est vif, léger, fort, et sa beauté paraît sous bien des faces diverses, à cause des variétés infinies que présente la race canine. Le dogue, le chien des Alpes, des Pyrénées, des Apennins, le grand lévrier, le superbe chien Terre-Neuve, ont des beautés qui diffèrent de celles de caniche, du bichon, de l’épagneul nain, du petit chien loup et de tous les chiens miniatures. Les uns et les autres sont les anneaux qui commencent et finissent la chaîne dont le milieu se trouve occupé par le chien de berger, le braque, la levrette, l’épagneul, le barbet.
Tous ces chiens sont intéressants à leur manière : ici vous trouvez la force et l’utilité ; là vous rencontrez la grâce et la gentillesse ; mais dans tous les chiens, quelle que soit leur taille, leur forme, vous aurez des amis intelligents, fidèles, dévoués.
[…] Adoré comme un dieu, vénéré comme un roi, astre brillant dans les cieux, portier des enfers, immolé dans les sacrifices, porté en triomphe, puni comme les criminels et servant lui-même à punir les coupables, gardien des troupeaux, des temples et des citadelles, soldat dans les armées, guidant les aveugles, traînant et portant des fardeaux, chassant les autres bêtes pour le compte de l’homme ; devenu fort injustement le symbole des chiens les plus sales, des vices les plus hideux, employé aux sortilèges du moyen-âge, aux remèdes empiriques des charlatans, servant aux progrès de la science des médecins, la moitié de son histoire est en même temps l’histoire de la sottise humaine.
Cette histoire est toute en l’honneur du chien ; car l’homme y joue souvent le rôle d’un sot : le chien s’y maintient au premier rang des animaux, par son intelligence, son dévouement absolu pour un maître qui n’apprécie pas toujours à sa juste valeur un ami si vrai, un auxiliaire indispensable.

                                                                                                                 Elzéar BLAZE


                 En bas à droite le fidèle chien des soldats au bivouac / Charlet            Fidèle chien des soldats au bivouac / Charlet            En bas à droite le fidèle chien des soldats qui suivait / Raffet
                      En bas à droite le fidèle chien des soldats au bivouac / Charlet              Fidèle chien des soldats au bivouac / Charlet               En bas à droite le fidèle chien des soldats qui suivait / Raffet  
     
           
                  
 

Le chien de régiment

- J’ai vu, à l’armée, des chiens, dont les maîtres étaient morts, suivre le régiment, et s’attarder à l’uniforme en général. L’un ne voulait que des cuirassiers, l’autre n’estimait que les hussards, parce qu’il avait d’abord suivi un hussard ou un cuirassier.
                                                                                                              

 Soliman, le chien du 15e léger

- Mon ami Margaillan, chirurgien major au 15e régiment d’infanterie légère, étant à Lyon en garnison, avait un superbe chien braque de haute taille qui sauva un jour deux soldats prêts à se noyer. La compagnie dont ces deux hommes faisaient partie vota sur-le-champ une gamelle de soupe à Soliman, et chaque jour un soldat apportait la pitance à ce brave chien. Son nom fut mis à l’ordre du jour, et figura fort honorablement dans le rapport fait par le colonel au ministre de la guerre.

                                                                                                                Elzéar BLAZE

 

                   Illustration de Martinet                   Illustration de Bellangé
   Illustration anonyme                                                             Illustration de Martinet                                                        Illustration de Bellangé
 
 

Le Griffon

 - Le Griffon a le poil rude. C'est un excellent chien ; il va fort bien à l'eau, ne craignant ni les ronces ni les épines ; nul ne sait mieux que lui débusquer le lapin dans les landes. Le Griffon pénètre partout sans hésiter, il ne calcule rien, tout est bon pourvu qu'il chasse. C'est un Grenadier français devant l'ennemi, qui ne demande jamais combien sont-ils ? mais où sont-ils ?
 

Superstition

- Porta (2), dit qu’en donnant un ongle de chien à tous les soldats d’une armée, on double leur courage. Ce serait  une économie pour le budget, car on pourrait ainsi diminuer l’effectif de moitié. Cependant, nous nous battions assez franchement à Austerlitz et à Wagram, et je n’ai jamais ouï dire qu’on ait fait aux soldats français une distribution d’ongles de chiens.

                                                                                                                 Elzéar BLAZE

 (2) Giambattista della PORTA ( 1535 - 1615 ) physicien et écrivain italien, auteur de « Magiae naturalis » libri xx. Naples 1589.



 En 1816, en garnison à Valencienne, le capitaine Blaze eut dans son régiment un chien qui s’appelait Bataillon.
 


Illustration Eugène Leliepvre
Illustration Eugène Leliepvre



 


Les Cynocéphales de la Grande Armée

Les Cynocéphales sont-ils des hommes à tête de chien ou une famille de singes, et plus précisément des babouins ?
Cynocéphale : "cyno" du grec "kunos" qui signifie "chien" et "céphale" du grec "kephalê" qui signifie "tête" ( tête de chien ).
Dans nos dictionnaires, la définition, dite première, du terme "cynocéphale" est : "singe d’Afrique au museau allongé, dont la tête ressemble à celle d'un chien ( babouin )".
En fait, le "Cynocéphale", babouin à tête de chien,  est à mon avis une définition liée, tout simplement, à la physionomie du babouin, mais qui ne devrait pas être attribuée comme « première » à cet animal. C’est une traduction au sens figuré de l'homme cynocéphale, qui ce dernier, en est la forme ancienne, mystique et très vénérée de nos lointains aïeuls.
On représente donc l’homme cynocéphale avec une tête de chien, ou rappelant celle d’un chien, une queue et les autres parties du corps comme celles d’un homme.
Les anciennes civilisations, comme l’Antiquité et le moyen age, croyaient à l’existence du cynocéphale, sorte de monstre humain.

Chez les Égyptiens, "Anubis" était le nom grec d’un dieu qui représentait un homme à tête de canidé ; Ctésias, médecin et historien grec du Ve siècle av. J.C., est l'auteur d'une "Histoire de l'Inde" où il évoque des cynocéphales qu'il décrit comme des hommes "à tête de chien" : "Ils s'habillent de peaux de bêtes ; ils ne parlent aucune langue, mais ils aboient comme des chiens et se comprennent par ces cris" ; le naturaliste et philosophe grec Pline l’Ancien (23-79 après J.C.), qui avait la renommée d’être une source fiable, relate dans son "Histoire naturelle", véritable encyclopédie du savoir antique, l’existence probable d’un royaume d’hommes "à tête de chien" sur les côtes d’Afrique du nord ; au Xe siècle, les moines d’Anatolie (Turquie d’Asie), situent la présence de cynocéphales près de la mer Noire ; en 1245, le missionnaire catholique italien, le frère Jean du Plan Carpin (1182-1251), qui laissa une riche et intéressante relation de voyage, prétendait avoir vu des cynocéphales dans le nord de la Mongolie.
Ces "hommes chiens" seraient décrits comme assez féroces et communiquant entre eux par des aboiements ; le célèbre voyageur vénitien Marco Polo (1254-1324) rencontra aussi des cynocéphales dans l’océan indien, lors de sa longue et périlleuse traversée de l’Asie. Dans le récit de ses souvenirs, connu sous le titre "Le livre des merveilles du monde", Marco Polo affirme qu’hommes et femmes possédèrent des têtes de chien : "De visage, ils ressemblent à des grands chiens mâtins" ; dans son "Voyage autour de la terre", écrit en 1350, le chevalier anglais Jean de Bourgogne, dit Jean de Mandeville (1300-1372), déclare, lui aussi, avoir vu des cynocéphales sur une île asiatique ; le grand navigateur Christophe Colomb (1450-1506), relate dans son journal que des indiens (de Cuba) étaient effrayés par des hommes cannibales à tête de chiens. D’après Colomb, ces êtres naissaient tous avec une tête de chiens et une queue. Ils peuplaient une grande île et étaient appelés "caniba" ( canis : chien ) mot dérivé également du terme  "cannibale" ; en 1493, dans sa "Chronica Mundi", le médecin allemand Hartman Schedel (1440-1514), mentionne des êtres cynocéphales en Inde : "En Inde, il existe des hommes qui ont une tête de canidé. Ils parlent en aboyant et sont vêtus de peaux de bête" ; au Musée Byzantin d’Athènes, on peut voir une icône grecque, datée de 1685, représentant un certain "Saint Christophe" à tête de chien ; le médecin et théologien Christian Franz Paullini (1643-1711), auteur de "Cynographia curiosa seu canis descriptio", ouvrage d’une remarquable érudition, expose des choses incroyables sur les cynocéphales qui combattirent les Tartares conduits par Gengis Khan.
Plus près de nous, un personnage aussi sérieux que le capitaine Elzéar Blaze (1788-1848), qui servit dans la Grande Armée de 1807 à 1814, reprendra ces affirmations dans ses récits après l’Empire. Si l’on en croit Elzéar Blaze, grand passionné des chiens et de la chasse, après tant de témoignages, il serait difficile de douter de l’existence de l’homme cynocéphale.
Lui-même en aurait vu. Voici ce qu’il nous relate au sujet de deux hommes cynocéphales qu’il aurait connu au sein de la Grande Armée :

- À la Grande Armée, dans le 3e corps commandé par le maréchal Davout, j’ai connu deux hommes que j’ai toujours soupçonnés d’être cynocéphales : l’un était commissaire des guerres ; il avait la tête d’un joli braque, sans barbe ni moustache ; plusieurs le soupçonnaient du genre féminin et l’appelaient madame D*** (sic).
Souvent on a fait des paris, mais ils n’ont été gagnés ni perdus : personne au monde n’a pu vérifier de quel sexe était le commissaire des guerres. Toutes les ruses ont été employées pour le faire déshabiller devant témoins ; il a toujours éludé la question. Deux de ses amis se cachèrent un jour dans sa chambre et le surprirent au bain ; mais il avait déjà de l’eau
jusqu’au menton, et qui plus est, deux pistolets sur la table voisine ; il menaça de brûler la cervelle au premier qui entrerait ; on se retira, car il ne plaisantait pas souvent. C’était probablement un cynocéphale femelle.
L’autre ressemblait trait pour trait à un caniche fraîchement tondu à qui le sieur Moreau, du pont Neuf, a conservé deux moustaches frisées. Il servait dans un régiment de dragons où il avait gagné les épaulettes de capitaine. Il se battait comme un chien dans l’occasion, mais ses camarades avaient souvent remarqué dans l’orbe de son pantalon une grosseur qui, touchée à la main, offrait une résistance osseuse. Quand il montait à cheval, on le voyait arranger soigneusement ce quelque chose placé derrière lui. Dans son régiment, depuis le colonel jusqu’au dernier trompette, tout le monde disait que cet officier avait deux queues : celle de son casque et celle de son c.. ; une de plus, on aurait pu le faire pacha.
Probablement, cela finit par le gêner un peu trop, car il demanda pour cause de santé de passer dans l’infanterie. Plus tard, il périt dans la retraite de Moscou, et les Cosaques seuls ont pu vérifier la chose. […] Les anciens historiens disent sérieusement qu’Attila naquit d’une chienne ; et ma foi, je ne serais pas étonné que le roi des Huns eût le derrière semblable à celui de mon capitaine de dragons.
                                                                                                                             

Alors, mythe ou réalité ?

                                                                                                                                       Christian CADOPPI



Outre les récits « militaire », Elzéar Blaze, nous narre, ci-après, divers autres témoignages :

 

Le chien gardien

- Voyez ce chien de berger, il garde trois cents moutons mieux que ne pourrait le faire un régiment de grenadiers. Toujours au galop, il va, il vient : il est chargé de protéger ce champ de blé, aucun mouton n’y touchera sans être sévèrement puni. S’il se repose, c’est Napoléon devant son armée ; la fierté brille dans ses yeux, il règne sur ce troupeau de bêtes, il semble dire : « vous êtes ici pour m’obéir ». Du moment que l’une d’elles franchit la limite qu’il a tracée en se promenant, il court, et d’un coup de dent, il la fait rentrer au milieu des autres.
Pendant le jour, ce bon chien semble être l’ennemi des moutons ; mais vienne la nuit, il sera leur défenseur, ses cris préviendront le berger des approches du loup , et son courage le portera même à livrer un combat inégal.
[…] Non seulement le chien garde les moutons, animaux faibles et timides, mais encore il garde les chevaux, et au besoin il sait les conduire.
J’ai vu un marchand forain s’arrêter au cabaret pendant que sa voiture gravissait une côte ; il plaçait les guides à la gueule de son chien, qui tout fier, marchait près du cheval ; il grognait si l’autre s’arrêtait. Un jour, des voyageurs voulurent s’emparer des guides ; oh ! alors, ce fut un combat à outrance ; heureusement, le maître arriva pour délivrer les imprudents voyageurs.

                                                                                                                 Elzéar BLAZE

 

Illustration de JOB
Illustration de Jacques Onfroy de Bréville, dit Job

 

Le chien chasseur

- L’origine de la chasse remonte aux premières années du monde. […] Lorsque l’homme eut reconnu l’aptitude, l’adresse, le courage que le chien déployait à la chasse, il fit tous ses efforts pour se l’associer. Le chien, qui de son côté redoutait les attaques de certains animaux féroces, ne fut pas fâché de joindre sa destinée à celle de l’homme. […] Tous les deux virent bientôt que l’alliance était bonne, et voilà pourquoi elle subsiste encore ; sans cela, depuis longtemps, il y aurait eu séparation. […] On peut dire que si l’homme fut heureux de rencontrer un auxiliaire aussi bon que brave, le chien ne le fut pas moins de s’être attaché à l’homme et d’avoir quitté la vie sauvage. […] Sans le chien, l’homme aurait eu beaucoup de peine à se poser comme roi de ce monde, à faire des conquêtes, à les conserver, à se rendre enfin maître des animaux. […] Il s’est tellement  livré à nous corps et âme, si je puis m’exprimer ainsi, qu’au moindre signal donné par l’homme , il est toujours prêt à combattre tous les animaux qu’on lui désigne, même ceux de son espèce. […]  Le chien seul s’inféoda complètement  à l’homme, il identifia sa nature à la nôtre, et le succès fut complet. On peut dire qu’aucun animal ne s’est apprivoisé comme le chien, car aucun n’est en liberté comme lui, aucun ne revient au logis comme lui.
Le chien est instinctivement chasseur. Nous avons adopté certaines races, ou, pour mieux dire, certaines variétés du chien pour nous suivre à la chasse, et par cette raison, elles sont devenues plus aptes à ce service que les autres ; mais il n’en est pas moins vrai que tous les chiens sont chasseurs par nature.
Le chien courant chasse pour lui même ; le chien d’arrêt chasse pour son maître. Il y a donc plus de noblesse dans l’action du chien d’arrêt que dans celle du chien courant. Il existe encore une troisième espèce de chien de chasse qui tient de l’une et de l’autre : c’est le chien du braconnier ; celui-là fait tous les services, il chasse de toutes les manières possibles ; il garde la maison, il prévient son maître de l’approche de l’ennemi, et souvent à lui seul il vaut mieux que dix autres chiens. […] C’est à cet instinct pour la chasse que nous devons la conquête du chien. […] Le chien chasseur remonte au premier âge du monde. […] Le chien se trouve, pour ainsi dire, inféodé à l’homme depuis l’époque de la création, et s’il était possible de pénétrer le secret de Dieu, nous verrions qu’il le créa pour notre satisfaction. Aucun animal n’est plus agréable et plus utile ; aucun n’est plus facile à nourrir. Il convient au pauvre comme au riche, et nous devons le considérer comme un des plus grands bienfaits de la providence.

                                                                                                                Elzéar BLAZE



Chien de chasse par Rudolf Koller ( 1828 - 1905 )
Chien de chasse par Rudolf Koller
 

Le chien de métal

- On a donné le nom de « chien » à cette partie d’une platine de fusil (3) qui frappe la batterie ou qui sert de marteau pour écraser la capsule. On l’a sans doute appelée ainsi, parce que ce chien de métal est toujours aux ordres du chasseur ainsi que le chien vivant.

 (3) Le chien était une pièce mobile qui était fixée autour d’un axe sur la platine du fusil. C’était un bras en forme de col de cygne et à l’extrémité de celui-ci se trouvait une mâchoire dans laquelle était placé, au temps de Napoléon, un silex serré par une vis.
 

 Le chien et le loup

- Le chien est de nature un animal féroce, comme le loup, mais il n’est point farouche comme lui. Le regard du chien est direct, celui du loup est oblique ; le chien est brave, le loup est lâche ; le chien, grâce à l’éducation qu’il a reçue de l’homme, est devenu doux, bon, aimable, caressant ; le loup restera toujours le loup.

- « Entre chien et loup » est une expression fort ancienne qui désigne le crépuscule, moment où le chien rentre et où le loup veut sortir.
Il est possible aussi que ce proverbe vienne de l’obscurité qui empêche de distinguer un loup d’un chien.

                                                                                                              

 Emile, le chien des Pyrénées

- Nous avons admiré des chiens jouant au domino, à l’écarté, aux échecs, faisant des additions, des soustractions, des multiplications ; nous avons vu le chien des Pyrénées, Emile, jouer parfaitement son rôle dans un mélodrame du cirque Olympique (3), et laisser bien loin derrière lui tous les autres acteurs ses confrères. C’est un admirable chien que cet Emile ; aucun domestique ne servirait son maître avec plus d’intelligence. Celui-ci étant garrotté par le tyran de la pièce, Emile, qui se trouve à quelque distance de là, se dégage de son collier pour le secourir ; mais entendant le geôlier revenir, il remet sa tête dans le collier pour ne donner aucun soupçon. Il est possible de tout obtenir d’un chien qui fait une chose si difficile. Redemandé à la fin du spectacle, Emile salue le public, et reçoit les applaudissements comme un acteur ordinaire.

                                                                                                                 Elzéar BLAZE

 (3) Ce spectacle mélodramatique fut joué sous le 1er Empire au cirque Olympique, rue du Faubourg duTemple à Paris. Ce cirque fut fondé à Paris à la fin du XVIIIe siècle par l’Italien Antonio Franconi (1738 – 1836).


 

Oeuvre de Louis-Léopold Boilly ( détail )
Oeuvre de Louis-Léopold Boilly ( détail )

 

Le caniche mendiant

- Je voyageais dans une diligence ; au relais je vois un bon chien caniche qui vient à la portière, se met sur ses deux pattes de derrière, et a l’air de me demander quelque chose.  « Donnez-lui un sou, me dit le postillon, et vous verrez ce qu’il en fera ». Je jette la pièce, le chien la ramasse, court chez le boulanger, et rapporte un morceau de pain qu’il mange. C’était le chien d’un pauvre aveugle mort tout récemment ; il n’aurait plus de maître, et il demandait l’aumône pour son compte personnel.


Sultan, le Terre-Neuve


- À Paris, on a vu un chien de Terre-Neuve qui tous les jours se promenait sur les bords de la seine, et allait saisir les baigneurs au milieu de la rivière. On avait beau dire : « Mais, mon cher ami, je ne me noie pas, je nage ! », Sultan n’entendait point raison, il saisissait l’homme par un bras, et le ramenait au rivage avec la marque de ses crocs. On l’enferma, car les nageurs se plaignirent d’être trop secourus.
Dans la journée, il était tranquille ; mais quand venait l’heure où l’on se baigne ordinairement, le bon chien avait la fièvre, et, de même que Dandin voulait aller juger, Sultan voulait aller sauver quelqu’un.

                                                                                                                 Elzéar BLAZE

 

Terre-Neuve, Landseer, Sir Edwin Henry ( 1802 - 1873 )
Terre-Neuve

 

 Le capitaine Blaze posséda plus d’un compagnon à quatre pattes. Il y avait, entre autres, Presto, Triomphaux, Médor et Modus. Ce dernier fut certainement le préféré de Blaze.
Voici deux anecdotes à son sujet :
 

Modus

- J’ai dans ce moment un chien d’arrêt illustre parmi les illustres, et le plus fin matois que j’aie connu dans la race canine. Dernièrement, ce brave Modus était là près de moi ; nous dînions, et il me demandait à manger. Comme il avait eu sa ration accoutumée, je faisais la sourde oreille. Cependant, pressé par ses instances, je me laisse attendrir, et je lui donne un morceau de pain. Il ouvre la gueule pour le saisir ; mais s’apercevant aussitôt que ce n’est que du pain, il se met à bâiller et le laisse tomber. Or, Modus sait que je le gronde quand il refuse ce que je lui donne ; il a fait tout de suite ce petit calcul : « C’est du pain ; ayons l’air de ne pas le savoir. Quand je bâille, on ne me dit rien ; bâillons, le pain tombera, tant pis. » Ce trait d’esprit lui a valu l’os d’une côtelette passablement garni de chair.
 


 

 - Modus sait qu’en sortant, je prends mon chapeau, ma canne ; tant qu’il me voit en pantoufles et en robe de chambre, il ne dit rien ; il dort tranquille, car il est certain que je resterai près de lui. S’il aperçoit des bottes à mes pieds, il me caresse pour que je l’emmène avec moi ; si je mets des guêtres, si je touche mon fusil, oh ! alors, ce sont des cris à ne plus s’entendre ; il se roule, il gratte la terre, il jappe, il danse, et cela dure jusqu’au moment où nous sommes à un kilomètre de la maison ; et notez bien que si, étant vêtu de ma robe de chambre, je prends mon fusil, mon chien ne bougera point : il sait que cette action ne peut avoir aucun résultat sérieux.
Si je suis triste, il le devine et me témoigne l’intérêt qu’il prend à ma position ; il me regarde avec un air piteux : je vois bien qu’il partage mon affliction, sans en comprendre la cause.

                                                                                                                 Elzéar BLAZE


 

Oeuvre de Jean-Louis Demarne       Oeuvre de John James Chalon         Oeuvre de Jean-Louis Demarne
         Oeuvre de Jean-Louis Demarne                                             Oeuvre de John James Chalon                                              Oeuvre de Jean-Louis Demarne    

  

Amitié du chien pour son maître

Le chien est sans contredit l'animal qui montre le plus de dévouement à l'homme. […] Le chien est cosmopolite, il vit partout, il s’attache à l’homme et lui rend mille services. […] Il s'attache à son maître, lui consacre sa vie, garde sa maison, veille sur son troupeau, guide les aveugles, ramène les voyageurs égarés dans la neige, et sauve les naufragés. Le chien est un excellent amis […] et la preuve c’est qu’il est toujours prêt a jouer des dents si l’on nous attaque. Dans cette alliance défensive, on peut dire que le beau rôle est du côté du chien, car il ne comptera pas les ennemis ; seraient-ils vingt il les combattra tous ensemble ou séparément, il ne réfléchira point sur l’impossibilité de la victoire, sur les chances de mourir dans la bataille ; tandis que l’homme, voyant son chien attaqué par quatre voleurs armés, prendra probablement la fuite. C’est que chez le chien, il y a dévouement absolu, abnégation totale, et chez l’homme il y a le calcul de l’égoïsme.
[…]
Votre chien restera là près de vous, toujours ; il viendra mourir à vos pieds, ou si vous partez avant lui pour le grand voyage,  il vous accompagnera jusqu’à la dernière demeure. […] Le chien est satisfait du morceau de pain partagé avec son maître, n’a pas d’autre ambition qu’une caresse, pas d’autres espérances que de dormir aux pieds de celui qui le nourrit. Gardien vigilant, compagnon fidèle, ami dévoué, il habite avec un plaisir égal le palais des rois ou la chaumière du pauvre.
L’amitié du chien est à l’épreuve des chances de la fortune. […] Riche ou pauvre, votre chien restera près de vous […] Vos prétendus amis vous abandonneront dans le malheur, votre chien restera.

                                                                                                                 Elzéar BLAZE




 

Un jour de revue sous l'Empire en 1810 par Bellangé  ( Musée du Louvre )
Un jour de revue sous l'Empire en 1810 par Bellangé  ( Musée du Louvre )


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