Corps-de-Garde

                                             

  

 

 


 

 

Louis Constant, premier valet de chambre de Napoléon, accompagnait toujours son maître en campagne.
Nous sommes en Autriche, vers la fin du mois de juin 1809, quelques jours avant la bataille de Wagram ; les troupes françaises se trouvent dans le camp retranché de l’île de Lobau, situé sur le Danube à l’Est de Vienne.
C’est dans ce retranchement, au milieu de cette armée, que Constant, dans ses mémoires, nous fit part de ses observations au sujet d’un héroïque chien Barbet, qui fut la mascotte de plusieurs régiments :

 - Il y avait au camp de Lobau un chien que toute l’armée, je crois, connaissait sous le nom de "Corps-de-garde". C’était un vieux Barbet, sale et laid, mais ses qualités morales faisaient bien vite oublier ce que son extérieur avait de défectueux.

On l’appelait aussi quelquefois le plus brave chien de l’Empire. Il avait reçu un coup de baïonnette à Marengo ; il avait eu une patte cassée d’un coup de feu à Austerlitz.

Il était alors attaché à un régiment de Dragons, car il n’avait point de maître. Il s’attachait à un corps, auquel il restait fidèle tant qu’on le nourrissait bien et qu’on ne le battait pas. Un coup de pied ou un coup de plat de sabre le faisait déserter le régiment et passer dans un autre.
 Il était d’une rare intelligence. Quelle que fût la position du corps dans lequel il servait, il ne l’abandonnait pas et ne le confondait pas avec les autres.

 Au plus fort de la mêlée, il était toujours auprès du drapeau qu’il avait choisi. Si, dans un camp, il rencontrait un soldat d’un régiment qu’il avait abandonné, on le voyait, l’oreille basse, la queue entre les jambes, s’esquiver au plus vite, et retourner auprès de ses nouveaux frères d’armes.
 Quand son régiment marchait, il courait en éclaireur tout autour, et avertissait, par ses aboiements, de tout ce qu’il trouvait d’extraordinaire.
Il a sauvé plus d’une fois ses camarades d’une embuscade.

                                      
D’après Michel De Decker (1), « Corps-de-garde » aurait été la mascotte de la 23e demi-brigade et son parcours, riche en péripéties, aurait débuté à la bataille de Marengo, en passant par Austerlitz, jusqu’à Moscou, où il devait disparaître, enseveli sous les neiges de l’impitoyable hiver russe, de 1812.

(1) « Les animaux qui ont une histoire » - Editions Picollec 1993

Commentaires :

Il reste néanmoins une énigme, car pour ce qui me concerne, j'ai quelques raisons de croire que le présumé Corps-de-Garde et  Moustache  ne font qu’un... !
En effet, je trouve qu’il y a entre ces deux chiens des concordances assez troublantes : la renommée, l’intelligence, la singularité, et les mêmes blessures dans les mêmes engagements...
Constant dans ce récit signale, dans l’île Lobau en 1809, l’existence d’un chien ressemblant fort, à  Moustache…mais baptisé d’un autre nom.
Lorsque l’on fait une étude historique, et que l’on trouve deux noms différents, on peut supposer qu’il pourrait s’agir de deux personnes différentes et non d’une seule et même personne, à moins d’avoir de sérieuses raisons de penser le contraire.
Or, j'ai tendance à penser qu'on aurait peut-être affaire au même chien...!?
Je n'ai, bien sûr, aucune certitude que le chien cité par Constant est Moustache, mais de nombreuses similitudes me tendraient à cette hypothèse :
Comme Moustache, c'est un Barbet intelligent et, curieusement, il a la renommée d'être «le plus brave chien de l'Empire».
Comme Moustache, il protège le porte-drapeau, et par ses aboiements, il a sauvé plus d'une fois ses camarades d'une embuscade (comme la veille de Marengo)
Et le plus troublant, il reçoit, comme Moustache, un coup de baïonnette à Marengo et un coup de feu à Austerlitz, qui, comme exactement pour Moustache,  lui casse la patte...!
Je fais un appel aux lecteurs internautes passionnés, amateurs ou Historiens pour qu’ils me fassent part de leurs avis sur la question. Merci par avance.

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Christian CADOPPI.
 

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