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Discours de Christian CADOPPI

Monsieur le Député-Maire,
Mesdames et Messieurs les Présidents,
Chers amis,
Comme le dira
Eugène Gayot, écrivain zoologiste français du 19e
siècle : « Moustache est l’une des plus hautes illustrations de
l’espèce et l’une de nos gloires les plus pures ».
Grand ami des
animaux, je le suis aussi du patrimoine historique et je suis
très heureux et très fier de partager aujourd’hui avec vous ce
moment solennel qui est aussi un moment d’émotion, un moment
symbolique.
A
partir d’éléments fragmentés, plusieurs années de recherches m'ont
permis de reconstruire le parcours de cet « oublié » de
l’Histoire.
L’honneur me revient donc aujourd’hui à cette occasion d’évoquer
le chien MOUSTACHE, ce héros méconnu.
Qui était MOUSTACHE ?
C’était un grognard pas comme les autres ; ce
briscard à quatre pattes était un Barbet aux longs poils
broussailleux et frisés, qui deviendra la mascotte de régiment
la plus célèbre de la Grande Armée et dont les états de service
furent aussi pittoresques qu’admirables.
Les prouesses de nos braves canidés durant la
période napoléonienne sont multiples. Nombreux sont ceux qui
furent dévoués et courageux, capables d’exploits, dotés
d’intelligence et de dons instinctifs exceptionnels.
En revanche, jamais l’armée napoléonienne ne possédera des
chiens dressés pour le combat.
À l’inverse, il n’était pas rare
de croiser un grognard avec son compagnon à quatre pattes. Le
Barbet faisait partie de ces chiens et fut très longtemps la
mascotte préférée des troupes du 19e siècle.
MOUSTACHE a su mériter les faveurs de son
régiment et représenta, en toute circonstance, le bon camarade,
le complice et l’auxiliaire idéal sur lequel n’importe quel
soldat pouvait compter.
Apparu en Normandie durant l’année 1799, le jeune
chien suivra une compagnie d’élite de Grenadiers qui, ce
jour-là, défila au son du tambour dans la ville de Caen.
Attiré par la musique militaire, c’est ainsi que l’animal
s’enrôla et fut baptisé du nom de MOUSTACHE.
Au sein de la 40e demi-brigade de ligne, la mascotte
MOUSTACHE fut citée à l’ordre du jour du régiment la veille de
la bataille de MARENGO, le 13 juin 1800, pour sa première action
valeureuse : il se distingua en sauvant son régiment qui
bivouaquait non loin des lignes ennemies.
Grâce à sa vigilance, il réussira à repérer un espion autrichien
et à donner l’alarme dans le cantonnement. Après un très bref
combat, l’ennemi fut repoussé et notre mascotte reçut une légère
blessure par baïonnette au cours de cette escarmouche. Le
lendemain, bien que boitant un peu, MOUSTACHE, qui marche en
tête de la colonne, se distinguera, de nouveau, à la bataille de
Marengo en tenant tête cette fois à un dogue autrichien qui
tentait de s’attaquer au porte-drapeau.
On retrouve la mascotte de régiment le 2 décembre
1805, à Austerlitz, dont nous avons fêté le bicentenaire il y a
quelques mois.
La 3e division du général Suchet
s’ébranle au pas de charge. Un duel impitoyable entre fantassins
va débuter. L’ardeur des « bleus » est incroyable et une
furieuse mêlée s’engage. Ce fut dans ce terrible affrontement
que l’intrépide chien se jeta sous un feu de balles et de
mitraille, pour aller, encore une fois, porter secours au
porte-drapeau de son régiment. Le chien s’élance, mais ne pourra
rien faire pour le soldat qui, blessé mortellement, s’écroule en
serrant le drapeau contre lui. D'un bond, le Barbet se jeta sur
le cadavre du malheureux porte-drapeau et, aboyant furieusement,
fait face aux Russes,les empêchant de s’emparer du drapeau.
MOUSTACHE, alors , adroitement, saisira à pleine
gueule la hampe de l’étendard et le rapportera triomphant vers
les lignes françaises. Cette prouesse lui a valu une patte
cassée, mais aussi tous les honneurs, car lorsque le Maréchal
Lannes apprendra cet exploit, il saura récompenser l’intrépide
Barbet, en lui passant autour du cou un collier orné d’une
médaille d’honneur en argent.
Devenu célèbre, MOUSTACHE sera présenté à
l’Empereur pour qui il exécutera le salut militaire en soulevant
une patte à la hauteur de l’oreille. On retrouvera le Barbet à
Iéna en 1806, dont on fêtera le bicentenaire au mois d’octobre
prochain, ainsi qu’en Pologne et à Friedland.
Le vétéran Barbet terminera ses aventures en
Espagne le 11 mars 1811, emporté par un boulet de canon le
dernier jour du siège de Badajoz. Il sera enterré avec sa
médaille et avec tous les honneurs militaires à l’endroit même
où il était tombé. Ce jour-là, on vit pleurer de vieux grognards
devant leur fidèle et brave compagnon d’armes.
Mesurez un instant le sens que prennent les mots
«honneur», «courage», «dévouement», «fidélité» et «sacrifice», lorsqu’ils furent conjugués par ce brave animal.
L’héroïsme n’est pas une vertu réservée aux
hommes. Digne d’un profond respect ; symbole du dévouement et de
la vigilance, MOUSTACHE, le chien de légende, est et restera un
exemple. Cette cérémonie aujourd’hui aura, je l’espère, la
modeste ambition de lui rendre justice et de le faire entrer
dans la postérité.
Que la mémoire des hommes puisse en conserver
longtemps la trace.
Je tiens à
remercier tout d’abord les Amis du Patrimoine Napoléonien,
présidé par Daniel Poisson, sans lequel ce projet n’aurait
jamais vu le jour. Je remercie Monsieur Aeschlimann,
député-Maire de la Ville d’Asnières-sur-seine, de nous avoir
autorisés, pour honorer la mémoire de MOUSTACHE, à occuper, en
ces lieux, un emplacement de choix au pied du monument de BARRY,
autre chien d’exception qui vécut, lui aussi, sous le Consulat
et le 1er Empire. Je remercie la Maison
Arthus-Bertrand, créateur d’exception de médailles depuis 1803,
pour son généreux parrainage. Je remercie Madame Rault,
Présidente du Club du Barbet du Lagotto et autres chiens d’eau,
et Philippe Seguela, auteur d’un site Internet sur le Barbet,
pour leur aimable participation ; honoré de la présence d’un
champion national et international, symbolisant pour la
circonstance le Barbet MOUSTACHE ainsi que la présence d’autres
Barbets venus ici lui rendre honneur. Je remercie Monsieur Éric
Feller, Président de l’Association de la défense du cimetière
des chiens d’Asnières pour son accueil très cordial et sa très
précieuse participation. Je remercie Alain Chappet, co-auteur du
« Guide Napoléon » qui a eu, le premier, la formidable idée de
ce site pour la réalisation de ce projet.
Je remercie les illustres Grenadiers d’Île de France venus
rendre hommage à la mascotte de régiment ainsi que tous mes amis
qui m’ont encouragé et aidé à mener à bien cette entreprise.
Enfin merci à toutes celles et tous ceux présents aujourd’hui.
Christian CADOPPI
Asnières-sur-Seine, le 11 mars 2006
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