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"Bibi", la chienne du prisonnier
L’action se passe au
Fort de Joux. Cette imposante citadelle se trouve située sur un sommet
haut perché, non loin de Pontarlier et de la Suisse, sur la rive droite du
Doubs.
Napoléon y envoya un certain nombre de personnalités civiles et
militaires, prisonniers de guerre et autres opposants politiques.
En cette nouvelle année 1805, se trouvent
emprisonnés, dans le même cachot, quatre royalistes :
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Un dénommé Michel Moulin, dit Michelot
(1), le comte d’Hauteroche, le
jeune frère du comte Louis de Frotté
(2), et un certain Girod qui fut aide
de camp du même Louis de Frotté.
Girod avait avec lui une petite chienne caniche qui ne manqua pas, d’ailleurs,
d’apporter un peu de chaleur et d’entrain dans le triste cachot du
château.
Cette attachante chienne, qui était pleine de fougue
et qui aimait jouer, se nommait "Bibi".
Les quatre compères avaient décidé de mettre fin à
leur captivité et avaient le projet de percer une étroite galerie en
creusant, à l’aide d’un couteau, les joints friables des vieilles pierres
de la muraille qui faisait deux mètres d’épaisseur.
La malicieuse "Bibi" elle, aboyait pour couvrir les bruits du racloir.
À l’approche du jour J, une question venait
aux esprits :
"Que va-t-on faire de la chienne ?"
"Faut-il l’assommer et la laisser dans le cachot ou l’emmener avec nous ?"
Finalement, il fut décidé de l’emporter et Moulin,
dans son journal intime, nous raconte comment :
"Pendant la délibération, la pauvre bête, comme si
elle eût compris qu’il s’agissait d’elle, nous caressait encore plus qu’à
l’ordinaire, et Hauteroche, qui était d’avis de s’en défaire, en fut
touché lui-même. Nous préparâmes une gibecière
(3) où on la renfermait, la
tête seule au dehors, le corps retenu par un bouton. On l’y plaçait tous
les soirs et elle s’accoutuma si bien à cet exercice qu’elle sautait
d’elle-même dans le sac quand on le lui présentait."
Le 27 janvier 1805, fut le grand jour. Toutes les
pierres étaient disjointes et prêtent, le moment venu, à être retirées
pour ouvrir le passage vers l’extérieur.
Le soir, la brèche était ouverte et une corde fut lancée au dehors. La
descente fut périlleuse, car le passage était étroit, le froid était
rigoureux et c’était un précipice aux bords escarpés et enneigé qu’ils
trouvèrent sous leurs pieds.
Les quatre hommes se trouvent déjà à l’extérieur lorsque brusquement de
petits cris plaintifs se faisaient entendre au-dessus de leurs têtes.
Dans la précipitation, "Bibi" avait été oublié. La pauvre chienne se
retrouvait seule et commençait à se lamenter.
Son maître, Girod, voulut aller la chercher, mais il ne parviendra pas à
remonter jusqu’au bord de la brèche. Ce fut Moulin qui réussira à
regrimper et à récupérer l’animal qui était tout grelottant de peur.
Moulin raconte l’accueil que lui fit "Bibi" :
"Il semblait que la pauvre bête sentît tout le prix
de la peine qu’elle m’avait donnée ; elle allongeait la tête hors de sac
et me léchait la figure comme pour essuyer la sueur qu’elle m’avait fait
couler."
Vers une heure du matin, le petit groupe, accompagné
de "Bibi", débouchait dans la vallée qui les conduisait en Suisse.
Les jours suivants, le frère de Frotté et Moulin regagnèrent l’Angleterre,
Hauteroche et Girod restèrent en Suisse ainsi,
bien sûr, que "Bibi", la
fugitive à quatre pattes.
(1) Michel Moulin, dit Michelot (né
en 1771) joua un rôle important pendant la Révolution. Il fut chef de
légion de l’armée chouanne.
(2) Louis Frotté, comte de (1755-1800) Chef de la Chouannerie Normande, il
fut arrêté, condamné et fusillé.
(3) Sac que les chasseurs portent généralement en bandoulière et où ils
placent le petit gibier.
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Le Barbet de "Beaumanoir"
À
Paris, l’hiver 1798-1799 fut extrêmement rigoureux : la seine fut
entièrement gelée du 29 décembre 1798 au 19 janvier 1799 et la glace
atteignait plus de 40 cm d’épaisseur.
Les quais s’encombraient de nombreux curieux, car
l’amusement du moment était de faire des glissades ou du patinage sur la
surface du fleuve gelé.
Un de ces curieux se nommait Beaumanoir. Il était étudiant et tous les
soirs, il venait patiner accompagné de son fidèle barbet. |
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Un soir, le jeune homme, plein d’ardeur, patinait à
la hauteur de l’Hôtel de la monnaie, lorsque soudain la glace se crevassa
et se rompit sous son poids. Voyant son jeune maître disparaître sous les
morceaux de glace, le chien s’élança jusqu’au bord de la brèche en aboyant
furieusement. Hélas, toute tentative de sauvetage était inutile, car le
malheureux étudiant avait déjà été entraîné assez loin sous la glace par
le courant.
Le barbet continuait de pousser, désespérément, des hurlements en courant
dans tous les sens sur la glace. Ne voyant pas resurgir son maître,
l’animal se posta, toute la nuit, sur le bord de la brèche.
Au petit matin, grelottant de froid, la pauvre bête était couchée toujours
au même endroit. Quelques personnes lui apportèrent à manger, mais le
chien était tellement atterré qu’il ne toucha même pas l’écuelle de lait
qui était posée tout près de lui.
Un soldat, d’un pas décidé, s’approcha et voulut le prendre pour
l’emporter, mais le barbet se retourna sur lui et le mordit violemment.
En un instant, la panique s’empara des badauds qui s’étaient approchés :
"Il est enragé", s’écria une voix.
"Il faut l’abattre", dit une autre voix.
Quelques minutes après, un coup de feu éclata : un
homme venait d’ajuster le pauvre animal avec un fusil. Par chance, le
barbet ne fut blessé que légèrement à l’épaule.
Tout à coup, une intrépide femme, qui s’attachait au sort de la pauvre
bête, surgit , accompagnée d’un homme du peuple, pour protéger l’animal.
C’est ainsi que le chien de Beaumanoir fut recueilli et sauvé de la mort.
Le barbet devint célèbre grâce à un poète anonyme de
l’époque qui composa un quatrain de circonstance :
"Sous les glaçons, hélas ! mon maître est mort."
"Je les bravais, je cherchais à le suivre".
"L’importune pitié vient de changer mon sort".
"Dois-je aimer ou haïr qui me contraint de vivre ?"
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"Tom", le chien de l'aveugle
Printemps 1805, l’action se déroule au camp de
Boulogne.
C’est l’histoire d’un jeune soldat nommé Maraudet qui, durant les
exercices de chargement des armes pour le tir, devint aveugle
accidentellement.
Devenu inapte au service, le jeune soldat retourna, chez lui, à
Mont-sous-Vaudrez dans le Jura, avec, pour vivre, une maigre pension.
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N’ayant pas de famille, le jeune homme se trouva fort handicapé pour
exécuter ses tâches quotidiennes.
Quelques mois après, il trouva, devant sa porte, un jeune chien qu’il garda et
qu'il baptisa du nom de "Tom". En peu de temps, il apprit au chien a lui
rendre toutes sortes de services. Trouvant sa pension très insuffisante,
le chien lui servit également de guide pour le conduire de maison en
maison et lui permettre de demander l’aumône.
Le brave "Tom" guidait parfaitement son maître : il flairait de loin les
gens qu’il percevait comme des êtres bons et charitables et alla placer
son maître uniquement devant ces personnes.
"Tom" était d’une très grande docilité ; il était à présent habitué à
aller partout et une grande complicité s’installa entre le chien et son
maître. Tous les habitants du village admiraient et appréciaient le
comportement exemplaire du brave animal.
Les années
passèrent ainsi jusqu’au jour où le maître de "Tom" tomba gravement
malade.
Le fidèle chien se coucha à ses pieds, se précipitait ici et là, pour
chercher de l’aide ou rapporter, de chez le voisin, un peu de nourriture
pour son maître.
Six mois après, un matin, l’ex-soldat ne se réveilla pas. "Tom", qui
sentit la mort, alla se coucher sous son lit. Le bon chien accompagna une
dernière fois son maître, qui fut conduit au petit cimetière du village ;
puis retournant dans la chambre du défunt, le pauvre animal se mit à
hurler à la mort comme un loup et mourut de faim et de chagrin deux
semaines après.
Ce fait fut
rapporté par un journal de Lons-le-Saulnier en 1816, quelques jours après
la mort de l’ex-soldat.
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"Soliman", le chien du
Luxembourg
Paris,
1793. Les églises ayant été fermées sous la révolution, un curé, pour
survivre, s’engagea dans les armées républicaines. Il fit les guerres de
la révolution jusqu'à la campagne d’Allemagne de 1805, où, blessé
gravement, il fut réformé.
Revenu à Paris, il enfila, de
nouveau, la soutane et s’installa dans un petit logement mansardé juste en
face du jardin du Luxembourg.
Peu de temps après son arrivée, le prêtre recueillit un chien qu’il
surnomma "Soliman" et qui, très vite, devint son meilleur ami.
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Tous les jours, de bon matin, le prêtre avait l’habitude d’arriver au
jardin du Luxembourg accompagné de "Soliman". Ils étaient devenus
inséparables et très populaires dans le quartier ; jamais on ne voyait
l’un sans l’autre.
Hélas, un jour on ne revit
plus le curé au jardin du Luxembourg. Les jours passèrent et l’on apprit
que le brave curé, et ex-soldat de la République, avait rendu l’âme et
qu’il avait été enterré dans la plus grande discrétion. Frappé de stupeur
par la nouvelle, ses amis proches constatèrent également que " Soliman ",
le fidèle et inséparable compagnon du prêtre avait disparu.
Il ne fallut pas chercher longtemps : on retrouva le pauvre chien dans le
cimetière, hurlant désespérément sur la tombe de son maître.
Les amis du curé voulurent
s’occuper du chien, chacun à tour de rôle, mais "Soliman", qui accepta
volontiers la nourriture qui lui était donnée, ne souhaitait pas d’un
nouveau maître.
"Soliman" mangeait sa pitance et repartait aussitôt au cimetière ou, le
plus souvent, au jardin du Luxembourg à l’endroit où son maître avait
l’habitude de s’asseoir.
Un jour, malheureusement, quelqu’un tenta de le retenir en l’attachant
avec une corde. Le chien se rebella, rongea le lien qui le retenait et
disparut du quartier.
Connaissant bien le chien
"Soliman", c’est Du Pont de Nemours (1), qui rapporta cette petite
histoire.
(1) Pierre Samuel
Du Pont de Nemours (1739-1817), économiste, journaliste, membre de l'Institut
de France et vice-président de la chambre de commerce de Paris.
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Le chien des Brotteaux
E n 1793, comme les chouans de Vendée, les
contre-révolutionnaires de Lyon s’insurgent contre les armées de la
République.
En ce temps, les républicains, sur les ordres du sanguinaire Collot d’Herbois
(1), faisaient mitrailler tous ceux qui étaient de l’opposition.
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Lors des
scènes sanglantes qui se déroulèrent, au mois de décembre, dans la
plaine des Brotteaux, un chien suivit son maître, un insurgé, qui va
être fusillé.
Après l’exécution, le fidèle animal se coucha sur le cadavre et refusa
obstinément de le quitter. Il repoussa toute nourriture et finira, une
semaine après, par mourir de tristesse et de faim.
(1) Jean-Marie
Collot d’Herbois (1749-1796) Conventionnel et membre du Comité de salut
public, il fut l’un des principaux organisateurs de la terreur. Il écrasa
l’insurrection royaliste
de Lyon (1793), mais se retourna contre Robespierre lors du 9 -Thermidor.
Il fut déporté en Guyane, sans jugement, en 1795.
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Les tondeurs de chiens
À
la fin du XVIIIe siècle, la mode du caniche
connaît un renouveau et fait renaître le métier de tondeurs de chiens.
À Paris, les tondeurs de chiens étaient présents près des Tuileries, sur
des terrains vagues, mais on les rencontrait surtout sur les quais de la
seine et sur le Pont-Neuf parmi les oiseleurs, les bateleurs, les
bouquinistes et autres camelots de l’époque.
Quelquefois, on pouvait voir déambuler leur silhouette familière dans les
rues, criant haut et fort : "tonds les chiens !".
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Les principaux "clients" furent, bien sûr, tous les chiens à poil long et
frisé comme le bichon ou le caniche ; sur ce dernier était pratiquée la
fameuse tonte dite "en lion", qui fut, et qui est toujours, l’apanage de
cette race.
Le barbet, qui est le "grand frère" du caniche, plus puissant et plus
rustique que celui-ci, se faisait également tondre, de temps en temps, son
épaisse toison laineuse ( tonte dite "de chasse" ).
Les poils étaient récupérés et souvent revendus aux confectionneurs de
paillasses.
Les tondeurs de chiens furent si populaires, qu’une pièce de théâtre fut
jouée en leur honneur à Paris en 1799.
Sous l’Empire, un des plus célèbres tondeurs de la capitale se nommait
Joseph Lorin et exerçait sur le Pont Neuf. |
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Les petits chiens d’agréments
À
l’instar des Anglais, le petit chien d’agrément fait une réapparition en
France, à la fin du XVIIIe siècle, chez les gens de la haute bourgeoisie
et dans les salons où se réunissent des gens très en vue de l’époque, de
la société cultivée, et autres artistes.
Ces chiens sont en général de petites tailles et étaient, le plus souvent, destinés à divertir la gent féminine en particulier.
Les principales races de chiens de compagnie, dites d’agréments, les plus
prisées à l’époque étaient : le carlin, l’épagneul nain, le bichon et le
caniche nain.
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