C’était un Barbet, au poil hirsute et au regard très
vif. Le chien était d’une rare intelligence et tout le régiment l’adorait.
Il appartenait à un Caporal de la Garde et lorsque celui-ci prenait sa
faction à l’entrée du palais Royal, "Tofino" montait, lui aussi, la
garde auprès de lui.
Dressé sur ses pattes arrière, il faisait le beau et le
salut militaire, en portant la patte droite à la hauteur de l’œil, chaque
fois que des officiers, ou autres personnalités, venaient à passer.
Mars 1812, le corps des vélites de la Garde quitta
Milan et traversa les Alpes pour rejoindre la Grande Armée en direction de
la Russie. "Tofino" et son maître sont du voyage.
Septembre 1812, le corps d’Armée Italien, entra en
vainqueur dans Moscou mais devra, aussi, participer à la terrible retraite
qui se prépare déjà.
Arrivé au bord de la Bérézina, le Barbet se jeta avec
son maître dans le fleuve, mais seul l’animal parvint sur l’autre rive.
Désespéré, le pauvre chien erra, plusieurs jours, le
long des berges en hurlant à la mort et, enfin, reconnaissant l’uniforme
des troupes Italiennes, il les suivit et traversa les deux tiers de
l’Europe avant d’arriver, décharné et presque aveugle, à Milan avec le
reste de l’Armée.
Malgré son état, le brave animal, trouva encore la
force de courir à la caserne et se jeta sur le lit de son maître qui,
malheureusement, avait disparu durant la retraite.
Le lit était vide !
pourtant, il restait encore un espoir pour "Tofino" : trouver son maître en faction , devant la
guérite, à l’entrée du Palais.
Il reprend alors sa course, tant bien que mal, en
direction du Palais Royal. Arrivé devant la guérite, le pauvre chien,
découvre que le factionnaire n’est pas son maître. Complètement abattu, il
alla alors retrouver sa modeste place dans le coin qui lui était réservé
autrefois et il y passa ses jours et ses nuits.
"Tofino" devint très célèbre à Milan et chaque jour,
les soldats et les civils se disputaient le soin de lui apporter sa
gamelle. On vint le voir, le caresser et on ordonna même qu’il fût inscrit
comme pensionnaire de l’Armée à vie.
Comme un vétéran retraité, le bon et serviable animal
vécut ainsi jusqu’à sa mort en 1819 et fit encore longtemps parler de lui,
non pas pour des brillantes actions, mais pour son immense fidélité.
