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C’est le nom d'un brave chien qui fit presque toutes
les campagnes du Consulat et de l’Empire.
Destinée extraordinaire de ce chien de régiment qui accompagna les
vétérans de la Grande Armée sur les routes de l’Europe.
C’était
un Barbet qui avait les oreilles pendantes et le poil long et
broussailleux. Il donnait l'impression de porter une barbe et une
moustache. Ce grognard de la Grande Armée fut doué d'une
intelligence remarquable et fit preuve toujours d'un dévouement
exemplaire. Ses états de service furent aussi pittoresques
qu'admirables.
Né, dans une ferme Normande, très probablement en 1799, l'animal fut
confié ensuite à un épicier de Caen. Un jour le jeune chien
vagabondait dans les rues de Caen au moment où passa une Compagnie
d'élite de grenadiers qui défila au son du tambour. Attiré,
peut-être, par la musique, voilà notre malicieux quadrupède qui
emboîta le pas des grenadiers, se plaça à la hauteur d'un tambour et
décida de les suivre jusqu'à la caserne. |
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C'est ainsi, que le jeune
Barbet s'enrôla dans la demi-brigade de cette garnison qui l'adopta. On le
baptisa du nom de "Moustache" et on lui apprit l'exercice.
La garnison de Caen, à
l'époque, abritait la 40e demi-brigade d'infanterie de ligne qui était
sous les ordres du chef de brigade, Louis-Marie Auvray. À l'entrée de la
caserne, il était coutumier de voir notre "cabot" monter la garde
près de la sentinelle et aboyer à chaque fois que du monde entrait ou
sortait de la caserne.
Il était très attaché aux soldats. Lors des sorties en manoeuvres, il
faisait toujours partie de la troupe, mais n'oubliait jamais de reprendre
son service de garde au retour de l'exercice.
L'animal fut également doué "d’un nez" véritablement
extraordinaire. Les soldats, dans les loisirs de la caserne, s’amusaient à
développer le don naturel du chien et étaient arrivés à des résultats
étonnants.
L’expérience était la suivante : un soldat donnait à sentir au chien le
chapeau, la giberne ou tout autre objet ayant appartenu à un homme
quelconque de la demi-brigade. Ensuite, lorsqu’un détachement sortait en
mission, "Moustache" restait enfermé à la caserne et une heure après le
départ du détachement, un soldat lui ouvrait la porte et aussitôt le
remarquable animal se dirigeait, flairant le sol, jusqu'à l’endroit où se
trouvait le détachement.
Quelle que fût la distance parcourue, le chien arrivait toujours à
rejoindre le soldat auquel appartenait l’objet qu’on lui avait fait
sentir.
Janvier 1800, menacé par une
invasion autrichienne, Napoléon, alors Premier Consul, décide de répartir
ses forces en trois armées. La première, se trouve sur les bords du Rhin,
de Strasbourg à Bâle, commandée par le général Moreau ; la deuxième, sous
les ordres du Général Masséna, se trouve entre Gênes et Nice ; enfin, la
troisième armée, dite de réserve, dont les éléments arriveront de
différentes routes de France, se formera entre Dijon et Genève.
C'est cette armée de réserve, commandée par le Premier Consul, qui devra
traverser les Alpes pour prendre l'ennemi à revers en Italie.
Durant le mois de mars 1800,
le général Gardanne, qui commande la 14e division militaire à Caen, reçut
l'ordre de partir vers le sud-est de la France pour passer à l'armée de
réserve. Les 3 bataillons de la 40e demi-brigade, forte de 1800 hommes, et
leur "Mascotte" font partie du voyage.
Durant la marche, tel un éclaireur, le brave chien se plaçait souvent en
avant de la colonne et, se retournant, il aboyait toujours avec beaucoup
de fierté, après les soldats ; montrant, très certainement, son
contentement.
Au début du mois d'avril, la
40e demi-brigade, arrive aux alentours de Dijon.
À la fin de ce même mois, toutes les troupes étaient échelonnées depuis le
Jura jusqu'à Genève et l'armée de réserve enfin constituée.
La 40e demi-brigade d'infanterie de ligne fut incorporée dans la 4e
division du général Watrin du Corps d'avant-garde commandé par le général
Lannes. La mission de cette "avant-garde", composée de troupes d'élite,
était de bousculer tout ce qui pouvait faire obstacle à l'avance du gros
de l'armée.
Dans la nuit du 14 au 15 mai, "Moustache" et sa
demi-brigade arrivèrent les premiers, le général Lannes en tête, au Col du
Grand-Saint-Bernard. L'ascension, à travers des sentiers couverts de neige
et bordés de terribles précipices, fut très difficile. Après un moment de
repos, la troupe marcha sur la Vallée d'Aoste en direction de la plaine du
Pô.
Le 9 juin, Lannes pulvérise
les Autrichiens à Montebello.
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Le
13 juin, la veille de la bataille de Marengo, la 40e demi-brigade,
qui est cantonnée en plein Cœur du Piémont dans la vallée du Balbo,
non loin de la petite cité fortifiée d'Alexandrie, faillit être
surprise la nuit par un détachement autrichien.
Mais "Moustache", qui faisait sa petite promenade, veillait et grâce
à sa vigilance et à sa sagacité, réussit à repérer un espion
autrichien déguisé qui s'était infiltré dans le cantonnement
français.
C'est le premier coup d'éclat de la vaillante mascotte : grâce à son
intrépidité et à ses aboiements furieux, il donne l’alarme et après
un bref engagement l’ennemi fut repoussé.
C’est au cours de cette escarmouche que "Moustache" fut légèrement
blessé d’un coup de baïonnette à la cuisse.
Pour le récompenser de cette valeureuse
action, il sera cité à l’ordre
du jour du régiment
(1)
; il recevra un pansage quotidien, une "gamelle"
supplémentaire et un coup de peigne une fois par semaine. |
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Le lendemain, c'est la
bataille de Marengo et partout on se bat avec acharnement dans l'immense
plaine.
Bien que boitant un peu, "Moustache", qui marche en tête de la
demi-brigade, surveille de près le porte-drapeau et se distingue, de
nouveau, en tenant tête, cette fois, à un énorme dogue autrichien qui
tentait de s'attaquer au porte-drapeau. Il s'élança bravement sur le dogue
lorsqu'une balle vint étendre raide mort son adversaire canin. Un instant
après, "Moustache" lui-même reçut une balle qui lui transperça une oreille
et lui égratigna l'épaule.
Après cette victoire,
Bonaparte salua son armée et partit pour Milan jusqu'au 24 juin, puis
reprit le chemin de Paris, après avoir confié le commandement de l'armée
au général Brune. En effet, l'armée autrichienne, bien que sérieusement
défaite restait encore menaçante dans le Tyrol italien.
La mission du général Brune fut de passer sur la rive gauche du Mincio et
de repousser les forces autrichiennes présentes dans ce secteur.
Toujours présente dans la division du général Watrin, la demi-brigade du
brave "Moustache", commandée par son chef, Legendre d'Harvesse, s'illustra
encore le 25 décembre 1800 à la bataille de Pozzolo et le 26 à Mozzembano.
Toutes ces victoires
aboutiront à la signature de la paix de Lunéville, entre la France et
l'Autriche, qui sera signée le 9 février 1801.
Le 22 mars 1801, la 40e
demi-brigade reçut l'ordre de rentrer en France pour aller dans le
département du Finistère. "Moustache" suivit ses compagnons d'armes qui
tinrent garnison à Brest, puis, en 1803, au camp de Saint-Omer, dans le
département du Pas de Calais.
Septembre 1803, l'Armée est réorganisée et la demi-brigade, du brave
quadrupède, devient le 40e régiment d'infanterie de ligne qui sera,
désormais, composé de 4 bataillons.
Le camp de Saint-Omer, dont le quartier général était situé à
Boulogne-sur-Mer, avait, comme commandant en chef, le général Soult.
Fin août 1805, la "Grande Armée", établie dans les divers camps des rives
de la Manche, commence son mouvement, tambour battant, en direction de
l'Autriche.
Le 40e régiment de ligne, commandé par le Colonel Legendre d'Harvesse, se trouve
dans la division du général Suchet du 5e Corps d'Armée sous les ordres du
Maréchal Lannes. Le 2 septembre, le régiment et sa "mascotte" se
mettent en route vers le Rhin, qu'ils franchissent le 30 septembre.
Le 2 décembre 1805, à
Austerlitz, le Maréchal Lannes, qui commande l'aile gauche française, a
pour mission de couper l'aile droite russe du général Bagration, sur la
route d'Olmütz, située au nord. La bataille fait rage déjà depuis de
nombreuses heures pour essayer de contenir les Russes afin qu'ils ne
puissent pas se jeter sur le centre français. Soudain, remplis d'ardeur,
les bataillons du 34e et du 40e de ligne, au pas de charge et baïonnettes
croisées, viennent littéralement se fondre sur les Russes et pénètrent,
malgré la mitraille, dans les rangs de leur infanterie.
Ce fut dans cette mêlée que l'intrépide "Moustache" se jeta, sous un feu
de balles et de mitraille, au secours du porte-drapeau de son régiment.
Le soldat se trouva,
brusquement isolé et encerclé par l'ennemi. Il se défend comme il peut, en
faisant des moulinets avec la hampe de son "Aigle".
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Mais la résistance est inutile et le porte-drapeau est sur le point
de succomber : "Au drapeau !" s'écrit le malheureux soldat d'une
voix désespérée. Hélas personne n'entend. Personne sauf "Moustache".
Le chien s'élance, mais ne pourra rien faire pour le soldat qui,
blessé mortellement, s'écroule en serrant le drapeau contre lui.
Le brave animal alors se déchaîne et d'un bond se jette sur le
cadavre du malheureux porte-drapeau et, aboyant furieusement, fait
face aux Russes les empêchant de s'emparer de "l'Aigle". Il est sur
le point d'être lardé de coups de baïonnettes, lorsque, soudain, une
fusillade éclata et parvint un instant à ébranler l'ennemi.
"Moustache", profite de ce bref moment et, adroitement, saisit, à
pleine gueule, la hampe du drapeau. Il tire de toutes ses forces et,
coincé sous le corps du malheureux soldat, l'étoffe se déchire, mais
"Moustache" rapporte triomphant les lambeaux déchiquetés de
"l'Aigle" vers les lignes françaises.
C'est durant cette course effrénée que l'illustre Barbet fut stoppé
par une balle qui lui brisa une patte. Il tomba non loin des lignes
françaises et sera retrouvé peu de temps après, sans force, mais
ayant toujours dans la gueule la hampe du glorieux trophée.
Cet exploit lui a valu une patte cassée, mais aussi tous les
honneurs.
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C'est le Maréchal Lannes en
personne qui lui passa, dignement autour du cou
(2),
un collier avec une médaille d'argent
(3)
gravée d'un côté :
"Moustache, chien français.
Qu'il soit toujours respecté comme un brave ".
Et sur l'autre face :
"À la bataille
d'Austerlitz, il eut la patte cassée en sauvant le drapeau de son
régiment"
"Moustache", devenu célèbre, fut très vite présenté à l'Empereur, pour
qui, il sauta au commandement et exécuta quelques facétieux tours comme
faire le salut militaire en soulevant une patte à la hauteur de l'oreille.
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Le
bivouac n'est pas terminé et notre "Moustache", qui fit encore d'autres
campagnes, suivit son régiment en Prusse (Iéna, 14 octobre 1806) et en
Pologne (Friedland, 14 juin 1807).
Juillet 1807, on le trouve en Silésie dans le 5e corps, de l'armée
d'occupation, du Maréchal Mortier.
Parti de Silésie le 8 septembre 1808, le 40e de ligne, composé du 1er, 2e
et 3e bataillon, fut immédiatement dirigé sur l'Espagne.
Toujours dans le 5e corps d'armée du Maréchal Mortier, le régiment de
"Moustache", commandé par le colonel Chassereaux, fut incorporé dans la
division du général Suchet. Le 30 novembre, ils arrivent à Bayonne et
passent la frontière à Irun le 1er décembre.
Fin décembre 1808, le 5e corps arrive devant Saragosse et eut pour mission
de couvrir le siège de cette ville jusqu'à sa capitulation, le 21 février
1809.
Le 19 novembre 1809, le 40e de ligne, passé dans la division du général
Girard, aborda courageusement les Espagnols sous le feu intensif de leur
artillerie à Ocana . C'est dans cette action que le colonel du régiment
fut blessé d'un coup de feu à l'épaule.
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En 1810,
l'héroïque Barbet devint le "chien vétéran" de la Grande Armée. Il
commença à se faire vieux et à être beaucoup moins vif, mais toujours aux
aguets.
1811, toujours en Espagne, "Moustache" et son régiment, se trouve
dans la division Girard du Corps d’armée du Maréchal Soult.
Le 26 janvier, les troupes françaises se présentent devant Badajoz
non loin de la frontière portugaise.
C’est une enceinte fortifiée qui entoure la ville, au pied de fossés
boueux.
Cette place forte abrite une garnison de 8000 soldats espagnols,
pourvue d'une redoutable artillerie, commandée par le Général
Menacho. |
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Un
temps abominable sévissait depuis plusieurs jours. Le 40e de ligne, fut
établi dans la vallée, sur la rive gauche du ruisseau dit "le
calamon".
Les semaines passèrent et le siège se prolongea sous une pluie
incessante de boulets.
Après une vive résistance, la ville est finalement enlevée par les
Français et c’est durant le dernier jour de siège , le 11 mars 1811, que
le chien des grenadiers termine ses aventures et meurt atteint par un
boulet de canon. Ainsi mourut "Moustache".
Ce jour-là, on vit pleurer de vieux grognards devant leur fidèle et brave
compagnon d'armes.
Il fut enterré, avec tous les honneurs militaires, au bord du "Rio
Guadiana", avec son collier et sa médaille, là où il était tombé. Sur
sa modeste tombe, fut déposée une grande pierre plate sur laquelle on
pouvait lire l'épitaphe suivante :
"Ci-gît Moustache, un brave, mort au champ d'Honneur".
En
1814, sur ordre de l'Inquisition espagnole, la tombe fut,
malheureusement, profanée : ils brisèrent la pierre et déterrèrent
les restes du pauvre chien pour les brûler.
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"Moustache", entra dans la légende. Plus qu'un symbole, il est
un exemple.
L'héroïsme du
chien Moustache à Austerlitz vient, inéluctablement, toucher la
corde sensible du combattant, c'est-à-dire le sens du devoir, de
l'honneur et du sacrifice. Il nous appartient de défendre avec
fougue ces valeurs qui, dans les épreuves, ne peuvent que nous
pousser à accomplir l’impossible jusqu’à l’abnégation totale.
Christian CADOPPI
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(1)
« Moustache » fut cité à l’ordre du jour la veille de Marengo. On
pouvait être cité à l’ordre du jour pour actes de bravoure ou pour
dévouement au devoir. A cette époque, une citation n’aboutissait pas
forcément à une décoration.
Au rassemblement, l’officier pouvait simplement citer verbalement
«pour vaillance» ceux qui s’étaient ainsi distingués et au besoin,
une brève note explicative pouvait être ajoutée sur les registres du
régiment.
(2) Cet
événement inspira le célèbre dessinateur-illustrateur Jacques Onfroy
de Bréville, dit JOB (1858-1931) à la fin du XIXe siècle, qui
immortalisa la scène avec une aquarelle intitulée "Le Maréchal
Lannes décore Moustache, au soir de la bataille d'Austerlitz".
(3) La médaille en argent que reçut « Moustache »
après la bataille d’Austerlitz, fut une médaille « spéciale » qui ne
rentra pas dans le cadre des distinctions honorifiques militaires
françaises. C’est une
médaille qui tenait plus de la médaille d’honneur commémorative
qu’une distinction honorifique officielle. |
Un hommage a été rendu à MOUSTACHE
par "Les
Amis du Patrimoine Napoléonien" le :
Samedi 11 mars 2006
au cimetière des chiens
d'Asnières-sur-Seine (92)

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Copyright © Christian Cadoppi.2004-2005
"Moustache, un chien de légende"
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